Le Bal des actrices

affiche.jpgUne mise en abyme auscultant l’abime des doutes, des questionnements, des prétentions, des objectifs et des mille et une choses qui constituent la vie quotidienne et professionnelle de quelques actrices, c’est pour résumer la forme qu’épouse Le Bal des actrices, deuxième film de Maîwenn, artiste touche-à -tout, one woman show, scénariste et réalisatrice du prometteur Pardonnez-moi, un portrait de famille décapant où la réalité et le fantasme s’entremêlaient subtilement.

Faire entrer son expérience personnelle tout en mélangeant de manière inextricable, à  la limite de la perte de repères, le documentaire et la fiction, telle apparaît à  la lumière du Bal des actrices la méthode innovante et convaincante déployée par Maîwenn. A l’origine, l’envie de réaliser un documentaire sur les comédiennes, sans idée préconçue et en tentant d’élargir le spectre des entretiens et des rencontres sans contrainte de genre, d’âge ou de registre. Là  où le film se complexifie en devenant une sorte de mille-feuilles savoureux aux couches superposées, c’est en brouillant avec jubilation les pistes. Actrice elle-même, Maîwenn se met elle-même en scène dans sa vie domestique aux côtés d’un Joey Starr, inattendu et très drôle, en contempteur pétri de bon sens du septième art, et plus précisément de cinéma d’auteur. Ainsi, la caméra filme-t-elle souvent – probablement un peu trop – la jeune cinéaste en train de filmer ces comédiennes dont elle recueille confidences et états d’âme sans que très vite il ne soit plus guère possible de démêler le vrai du faux, le jeu de la réalité. D’ailleurs, il y a sans doute un peu des deux à  chaque fois, des compositions de l’une élaborées à  partir des expériences de l’autre.

C’est à  la fois comique et tragique. Comique de voir Karin Viard en ambitieuse rêvant de l’Amérique, seule capable de contenir son talent démesuré, ou encore Mélanie Doutey toquée des traditions indiennes et revenant à  Paris, les bras chargés d’un gamin. Mais le film se montre aussi grinçant et cruel, n’épargnant pas les vanités et les ego surdimensionnés des comédiennes. A ce jeu-là , Muriel Robin et Romane Bohringer livrent deux courtes et intenses prestations. En incluant dans son casting Charlotte Rampling – il semblerait que Deneuve ait refusé le film – la fieffée Maîwenn n’oublie pas de s’interroger sur l’angoisse de l’âge, la raréfaction des propositions qui l’accompagne souvent.

En étant juge et partie, la réalisatrice parvient néanmoins à  maintenir une juste distance que la dérision et l’audace permanentes qui traversent le film permettent justement de maintenir. Cela donne un film puzzle, bigarré et ludique, ponctué d’épatantes scènes musicales que l’on croirait sorties d’un film de Bollywood. Pour dire qu’après tout ceci n’est pas bien grave, souvent dérisoire et secondaire, mais que pour autant l’existence et la carrière de quelques femmes, fantasques et fragiles, reposent complètement sur ces détails.
Un regard sans complaisance où l’humour sur soi et l’intelligence fine transparaissent à  chaque instant, voilà  bien le signe distinctif d’une artiste inventive et énergique. Un drôle de numéro à  suivre…

Patrick Braganti

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Le Bal des actrices
Film français de Maîwenn
Genre : Comédie
Durée : 1h45
Sortie : 28 Janvier 2009
Avec Karin Viard, Marina Foîs, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Jeanne Balibar, Charlotte Rampling, Roamne Bohringer

La bande-annonce :

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