Les Violettes sont les fleurs du désir, de Ana Clavel

les_violettes_sont_les_fleurs_du_desir.jpgPénétrer un ouvrage par ces mots »Le viol commence par le regard. Quiconque se penche sur le puits de ses désirs le sait » reste une expérience intrigante. Ana Clavel le sait, en joue, et ce pratiquement jusqu’au bout de son roman au parfum de soufre, son objet livresque donné pour scandaleux, un petit ouvrage malsain et singulier.

Singulier et malsain, puisque le héros est Julian Mercader, qui se sait attiré par les jeunes filles, et notamment sa propre fille Violeta. Pour se détourner de ce désir qu’il éprouve pour sa progéniture, il décide de fabriquer des poupées grandeur nature qui alimenteront ses fantasmes les plus inavouables. Ses Violettes connaîtront vite un succès underground mais international, et cette obsession de poupées, que certains démembrent pour reconstituer des scènes crues ou que d’autres utilisent comme jouets pervers, amènera lentement Mercader vers un destin que je ne mentionnerai pas ici.

Ana Clavel ose : son sujet tabou, même de nos jours, son traitement littéraire – l’ellipse, la poésie romantique, la délicatesse, et la force d’une écriture évocatrice, presque érotique, et en même temps, très distanciée, diffuse. Aux situations vite graveleuses, les mots doux et le style classieux. Ana Clavel ose faire d’un sujet repoussant une ode au désir et à  l’art, sans jugement ni vulgarité.

Un bémol quand même sur la fin de ce court roman : l’intrusion de personnages et de situations réelles (un des personnages, un artiste allemand ayant sculpté une »Poupée » troublante en 1934 et arrêté par les Nazis pour provocation, a vraiment existé) sur une base fictionnelle crée un mélange pas toujours réussi, notamment avec l’arrivée finale d’une congrégation cherchant à  nuire aux adeptes des Violettes. L’ajout de trop, pour un petit brûlot provocant qui est déjà  bien empli d’une ivresse de sens éloquente.

Si vous vous sentez prêts à  convoquer vous aussi vos désirs les plus enfouis, et d’essayer d’en comprendre les raisons, partez à  la découverte de ce drôle d’ouvrage, récompensé en 2005 du Prix Rufo de Radio France Internationale.

Jean-François Lahorgue

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Les Violettes sont les fleurs du désir
de Ana Clavel
Editions Métailié, 106 pages, 14 €¬
Date de parution : Mars 2009.

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