Delta

affiche.jpgLa Hongrie s’avère de plus en plus comme la patrie concentrant des cinéastes qui ont érigé à  un rang rarement concurrencé la recherche esthétique à  coups de plans fixes ou de travellings virtuoses transformant leurs films en une suite de tableaux magnifiques, procurant un plaisir des yeux manifeste. Si on ne peut nier la dimension formelle des oeuvres hongroises, l’unanimité se fait moins quant au fond. Une certaine vanité, pour ne pas dire vacuité, finit parfois par imprégner des longs-métrages techniquement parfaits, à  la plastique irréprochable. Il en va ainsi pour Delta, signé par Kornél Mundruczo, l’histoire de retrouvailles entre un frère et une soeur.

Un frère que l’on imagine exilé depuis longtemps revient chez sa mère, en ménage avec un autre homme. Il fait la connaissance de sa demi-soeur qu’il emmène avec lui sur le delta du Danube en Roumanie pour y construire une maison sur pilotis, censée les abriter et les tenir à  l’écart des regards hostiles des habitants proches. C’est donc un film sur le désir naissant entre deux êtres qui ne devraient pas en ressentir en théorie et, en conséquence, aussi un film sur l’ostracisme, se doublant d’une ode élégiaque à  la nature. Delta alterne plans larges et cadrages rapprochés sur des visages ou des éléments du décor, vivants ou non. Une alternance paradoxale puisque les moments les plus forts (une scène de viol, par exemple) sont en effet filmés à  distance. Epousant l’évolution de la construction sise au bout d’un long ponton, Delta joue de la durée sans susciter l’ennui et de l’intemporalité dans un no man’s land isolé et retiré du temps. Nous sommes ainsi dans la contemplation et la lenteur, comme celle des barques voguant au fil du fleuve. Outre le choix des lieux, la beauté du film provient aussi du travail splendide sur la lumière et sur la bande-son.

Presque mutique, Delta distille une certaine angoisse liée à  la tension qui entoure la relation entre le frère et la soeur. Le delta devient un personnage à  part entière du film, lieu apparemment apaisé et serein, en dépit de l’enjeu dramatique qu’il comporte. Delta n’atteint certes pas les oeuvres des grands esthètes que sont Béla Tarr et Miklós Jancsó et laisse le spectateur à  la périphérie d’un univers et d’une histoire un peu trop sibyllins.

Patrick Braganti

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Delta
Film hongrois, allemand de Kornel Mundruzco
Genre : Drame
Durée : 1h32
Sortie : 4 Mars 2009
Avec Orsolya Toth, Félix Lajko, Lili Monori

La bande-annonce :

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