Harvey Milk

affiche_12.jpgCela va donc de mal en pis avec Gus Van Sant : finis les films conceptuels, dont le dernier avatar Paranoîd Park était un (mauvais) exemple d’autocitation et de répétition sans grande invention de la trilogie de la mélancolie et de l’effacement, retour au cinéma hollywoodien, avec sujet à  thèse, grands moyens et forme consensuelle, sinon convenue, qui va susciter à  coup sûr l’adhésion d’un large public, prêt à  vibrer à  un destin que l’on nous présente comme hors normes, le tout enrobé de la défense éternelle des grandes valeurs américaines.

Le réalisateur de Last Days opte à  son tour pour le genre biopic, soit une biographie filmique, retraçant la vie de Harvey Milk, premier politicien ouvertement gay élu en 1978 aux Etats-Unis au poste de conseiller municipal de San Francisco. Déjà  trente années qui paraissent au regard de l’époque reconstituée avec soin et détails – la naîveté bon enfant n’a pas encore cédé la place au cynisme et au consumérisme – et de la situation des homosexuels aujourd’hui dans les nations occidentales un autre temps, faisant naître du coup une interrogation, : pourquoi aucun cinéaste ne s’est-il attelé plus tôt à  mettre en scène ce personnage, ?

Le problème que pose le biopic finit par être toujours le même, : le souci d’authenticité handicape forcément l’originalité de la mise en scène et ne nourrit pas la proposition cinématographique, aporie d’autant plus flagrante quand on a affaire à  un cinéaste majeur, justement reconnu pour sa recherche formelle. Harvey Milk se perd à  mélanger les genres, : part documentaire (avec insertion d’images d’archives) et part fictionnelle sur la vie du futur conseiller, ; engagement et combat politiques d’un côté, vie privée de l’autre. Si bien qu’il est difficile de démêler les intentions du cinéaste, : veut-il faire un film politique – et on voit bien en quoi son sujet intéresse directement Gus Van Sant – ou préfère-t-il juste raconter la trajectoire d’un homme engagé et habité par ses convictions, ? Assurément, Harvey Milk n’est pas un film politique, en ce sens où les contre-pouvoirs sont ici quasiment inexistants ou traités de façon caricaturale et où la lutte semble se mener sans rencontrer beaucoup d’obstacles. Ce qui manque le plus à  Harvey Milk, c’est le souffle, celui qui emporterait le spectateur. A l’inverse, on a droit à  quelque chose de très lisse, de très mignon en fait – le terme américain  » cute  » paraît le plus adapté.

Au-delà , on s’ennuie ferme dans cette accumulation de débats et de votes. Harvey Milk est aussi surligné, jusqu’à  inclure vers la fin une scène identique du début, des fois qu’on ait mal compris le message, au demeurant très positiviste, : il faut garder espoir et ne jamais renoncer à  ses convictions. Et juxtaposer les vrais visages à  ceux des acteurs équivaut ni plus ni moins à  exhiber une prouesse d’imitation, : regardez comme j’ai tout bien copié. Faut-il encore le rappeler, : ce n’est pas en ajoutant une prothèse à  un comédien que celui-ci devient meilleur, ? On se doute sans peine du plaisir qu’a pu prendre Sean Penn à  jouer un homme engagé, dont pourtant la complexité et les déchirures intérieures ne sont jamais creusées par le réalisateur. En effet, pourquoi ne pas avoir insisté sur l’ambigüité d’un personnage qui devient un politicien rusé et habile, ou sur les suicides répétés de ses amants, ? A la place, Gus Van Sant filme des scènes de foules et de rassemblements, des réunions entre copains et des séances de négociations politiques.

La défense d’une minorité est en soi louable, comme le combat de Harvey Milk et les motivations du réalisateur. Mais, peut-être en raison d’une époque qui apparaît révolue et lointaine – et dans cette reconstitution scrupuleuse, la musique, notamment le disco auquel la communauté gay voue une véritable dévotion, apparaît bien la grande absente – et d’une insuffisance lyrique, Harvey Milk est à  considérer comme un opus mineur dans la carrière en dents de scie de Gus Van Sant.

Patrick Braganti

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Harvey Milk
Film américain de Gus Van Sant
Genre : Drame, Biopic
Durée : 2h07
Sortie : 4 Mars 2009
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch, James Franco

La bande-annonce :

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