Tulpan

affiche_1.jpgIl faut commencer par insister sur la prodigieuse beauté des steppes du Kazakhstan, décor naturel et grandiose de Tulpan, premier film fictionnel de Sergey Dvortsevoy, un ancien ingénieur radio dont on avait jusqu’à  présent salué la qualité du travail documentaire. Ce changement de registre s’opère par le biais d’une fable mettant en scène la vie de quelques bergers nomades du pays. Une existence rude et simple, partagée entre des moments de repos sous la yourte familiale et l’activité extérieure autour des moutons et des brebis, dans la poussière et le vent.

Tulpan, c’est le nom d’une jeune fille que Asa, célibataire, de retour après son service militaire dans la marine, voudrait bien épouser afin de quitter le foyer de sa soeur, son beau-frère et leurs trois enfants et d’exercer, comme il l’entend, le métier de berger. Mais ce n’est pas gagné, : la jeune fille ne veut pas d’un prétendant avec de si grandes oreilles et Asa, un doux rêveur à  peine sorti de l’enfance, sans cesse rabroué par le mari de sa soeur, ne manifeste pas d’aptitudes particulières pour s’occuper des troupeaux. Si un certain suspense traverse tout le film, celui-ci bifurque souvent vers un aspect plus documentaire et une chronique familiale, où chaque protagoniste, enfant comme adulte, trouve sa juste place. Une attention qui va d’ailleurs bien au-delà  des humains, tant les animaux – moutons, chameaux, chien, âne ou cheval – prennent aussi leur place dans les larges plans-séquences sur la steppe. Des plans parcourus des trajectoires indépendantes de chaque être, semblant les investir à  leur guise.

En revanche, la caméra est davantage mobile lorsqu’elle filme les instants de rassemblement du clan sous la yourte, emplie des chants incessants que psalmodie une petite fille, à  peine entrecoupés par les comptes-rendus récités par son frère des flash radio. Tulpan n’oublie pas d’être cocasse, à  la limite du déjanté, à  l’image d’un autre personnage, : un chauffeur de taxi, ou plutôt d’un tas de ferraille où il a punaisé des photos de filles très peu vêtues et qu’il conduit avec un tube de Boney M à  fond.

Dépaysement garanti, mais pas une vision touristique, façon carte postale. Tulpan est d’abord un film de cinéma, à  la tendresse poétique et à  la vitalité débordante, : une double scène à  propos de l’agnelage d’une brebis se charge soudain d’une intensité et d’une dramaturgie qui tétanisent. A la fois western à  l’orientale, dont il épouse de nombreux codes, et étude documentée d’une population ancestrale en voie de disparition – les jeunes, tel Asa qui en émet la possibilité, lorgnent du côté des villes – Tulpan a justement obtenu à  Cannes l’année passée le premier prix de la section Un certain regard.

Patrick Braganti

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Tulpan
Film kazakh, allemand de Sergey Dvortsevoy
Genre : Comédie
Durée : 1h40
Sortie : 4 Mars 2009
Avec Ondas Besikbasov, Samal Esljamova, Askhat Kuchencherekov

La bande-annonce :

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