24 City

affiche_7.jpgOn connaît la langueur qui se dégage du cinéma de Jia Zhang-Ke, et son perpétuel mouvement intérieur. Still Life avait révélé un esthète et un sociologue hors pair, tandis que Dong (inédit en salles) avait eu valeur de document sur la création et la place de l’art en Chine. 24 City mêle finalement l’ennui du premier et la grâce du second.

Sous la forme d’un documentaire parfois véridique, parfois joué et préparé, le cinéaste chinois oppose quelques discours entre différentes générations, des jeunes aux vétérans, et entre différents statuts, des nouveaux riches aux anciens ouvriers. Le témoignage mis en place ici pose pourtant problème ; pris entre le souci de décrire de façon crue la réalité économique et ouvrière de son pays et celui d’ériger le documentaire en un espace artistique complet et novateur (au sens technique du terme), on ne sait plus trop quelle valeur prend la parole de ces citoyens désabusés, pessimistes, tristes et emplis de regrets. A travers quelques anecdotes (dont on ne sait jamais si elles sont vraies ou non), ou à  travers l’observation minutieuse des usines, Jia Zhang-Ke tente de percer le secret d’un pays dont la mutation (en bien comme en mal) reflète à  la fois une certaine richesse culturelle et l’abandon du travail manuel pour une technologie en pleine croissance.

D’un autre côté, le cinéaste adopte une attitude volontairement contradictoire et complexifie son langage en rendant impressionniste (par la photographie et le montage notamment) le caractère informatif de la démarche initiale, de façon à  ce que la création personnelle se mélange à  une réflexion à  l’état brut pour un résultat entier , compact et libre à  la fois. Mais à  part interroger encore plus ce fascinant chantier de réflexion actuel qu’est l’entremêlement entre le fictif et le réel, 24 City fait planer de gros doutes sur le véritable propos humain qui s’en dégage. Il manque au film de nous donner plus clairement certaines clés pour saisir profondément la problématique de cette mutation fascinante (et pas aussi légère que les quelques articles de journaux que l’on peut lire chaque semaine dans la presse occidentale). Il lui manque aussi une identité interne et une matrice claire, lisible, pour que l’on comprenne quel est le but initial de Jia Zhang-Ke.

A mixer les formes et les styles, 24 City n’est plus qu’un lointain poème d’aujourd’hui sur l’effondrement de toutes choses, certes magnifiquement filmé (Jia Zhang-Ke est peut-être le plus grand technicien du cinéma chinois), parfois émouvant, dissonant et emblématique par la conscience entière que le réalisateur a du problème et avant tout parce que son statut de créateur est remis en cause avec, mais dénué d’une ligne directrice au coeur du film, directrice non pas d’un suivi mais d’un intérêt global qui, en la matière, reste trop flou et d’une cérébralité inappropriée à  la clarté nécessaire pour se développer auprès de tous les publics.

Jean-Baptiste Doulcet

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24 City
Film chinois de Jia Zhang-Ke
Genre : Documentaire
Durée : 1h47
Sortie : 18 Mars 2009
Avec Joan Chen, Zhao Tao, Lu Liping

La bande-annonce :

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