Country Teacher

affiche.jpgTrois ans après Something Like Happiness, le cinéaste tchèque Bohdan Slama revient sur nos écrans avec Country Teacher, ou le parcours chaotique et initiatique d’un jeune professeur de biologie, fuyant Prague et un poste honorable dans un lycée de la ville pour échouer en pleine campagne et y enseigner à  de jeunes élèves, à  base de méthodes empiriques, les rudiments des sciences de la terre et de la nature. On apprendra dans un deuxième temps les raisons qui ont amené Monsieur le Professeur, comme l’interpellent avec déférence les habitants du village, à  tourner le dos à  sa vie citadine, mais, sans en révéler davantage, il serait faux de penser que l’enjeu de Country Teacher réside à  être le porte-parole des minorités, en faisant du coup l’éloge des différences. Si le prof sera au moins amené une fois à  prôner les vertus à  ne pas être tous identiques, sous peine d’un ennui mortel et d’une plate uniformité, on s’apercevra très vite que les intentions de Bohdan Slama se situent résolument sur un autre plan.

C’est en effet l’idée du besoin de l’autre et de la nécessité des rapports sociaux, même entachés de conflits, de mensonges ou de non-dits qui traverse un film dont la communion avec la dimension bucolique irradie chaque plan. A côté du personnage du prof, lunaire et réservé, apparaît une deuxième figure, celle d’une femme éleveuse de vaches, veuve d’un mari violent et alcoolique, mère d’un adolescent rebelle, dont la petite amie, citadine elle aussi, suit des cours dans l’ancien lycée du prof. Une curieuse et bien inutile coîncidence qui révèle au passage quelques faiblesses du scénario, – ce deuxième personnage est introduit sans réelle logique, l’action semble plutôt avoir lieu pendant l’été, le prof ne dispensant que peu de cours, au demeurant – et quelques facilités quant à  la structure même du récit, au caractère relativement prévisible.

Privilégiant les plans-séquences et les larges mouvements de caméra enrobant les personnages, Bohdan Slama passe progressivement de la légèreté à  la gravité, montrant les effets dévastateurs d’un comportement lâche et veule sur un entourage fragile. Mais il tient aussi à  éviter de sombrer dans le pathos, ponctuant Country Teacher de scènes de fêtes ou de bars truculentes où la bière et la vodka coulent à  flots, alors que les fêtards s’épuisent dans des danses endiablées sur des tempos punk – l’ombre tutélaire de Kusturica planant sans conteste sur ces moments-là . Juste pourrions-nous regretter une issue trop angélique, union fraternelle de solitudes prêtes à  s’épauler, le tout dans un esprit réconciliateur un peu trop appuyé pour convaincre réellement. Néanmoins, le film bénéficie d’une jolie interprétation, le comédien principal, Pavel Liska, à  voir comme un double est-européen de notre Amalric national. On saluera donc Country Teacher par la sensibilité et la discrétion dont il sait faire preuve, le refus d’une dramaturgie annoncée et l’envoi d’un message hautement altruiste.

Patrick Braganti

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Country Teacher
Film français, tchécoslovaque de Bohdan Slama
Genre : Drame
Durée : 1h57
Sortie : 1er Avril 2009
Avec Pavel Liska, Zuzana Bydzovska, Ladislav Sedivy

La bande-annonce :

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