L’âme soeur, de Anne Lenner

amesoeur.gifEt là  , le dilemme de tout critique de livre : en dire trop ou pas assez, dévoiler ce qui peut faire l’essence même du roman. Que faire ? Que dire ? Juste le nécessaire, alors, pour ne pas déflorer ce petit bourgeon de sensibilité et de singularité.

Angèle a dix ans, vit en Afrique avec sa mère qui bosse pour la Croix Rouge et son père écrivain à  la maison, là  sans être vraiment là , et surtout en panne totale d’inspiration. Avec eux, De Gaulle, un homme de maison qui demeure en sus son seul confident.
Angèle grandit seule en fait, avec pas mal d’imagination dans le cerveau qui dynamise un peu son existence baignant dans une torpeur »coloniale » ennuyeuse. Débarque sans crier gare Gloria, orpheline recueillie par ses parents, et qui devient tour à  tour le souffre-douleur, le faire-valoir puis la complice intéressée d’Angèle, prête à  tout pour que ses géniteurs la redécouvrent.

Stop. Je m’arrête là  avant de trop en dire, bien embêté de donner un si bref aperçu d’un livre qui ne montre sa véritable valeur que dans les cinq inattendues dernières pages. Avant, Anne Lenner découle une histoire somme toute classique de l’enfance passée à  exister pour soi et pour ses proches, la quête lente , drôle et poétique d’une affirmation de soi, et des relations tumultueuses que peuvent entretenir des pré-ados avec les autres. C’est charmant, un peu suranné, mais suffisamment bien écrit pour ne pas nous lasser. Et quand survient le coup de théâtre final, assez étonnant et en tout cas difficile à  imaginer, on revient obligatoirement sur les épisodes qui jalonnent le livre et qui apparaissent, de fait, sous un angle nouveau.

Ainsi, l’âme soeur se transforme en un roman étrange sur la douloureuse expérience d’être une enfant solitaire, livrée quelque peu à  elle-même, et les conséquences que cela peut entraîner. L’écriture de Lenner, si elle demeure tout du long alerte et poétique, se pare sur ses derniers paragraphes d’une mélancolie indescriptible, qui serre un peu la gorge et fait parcourir de légers frissons.

Jean-François Lahorgue

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L’âme soeur, de Anne Lenner
Editions du Dilettante
159 pages – 15 €¬
Parution : Mars 2009

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