Je suis passé totalement à travers la première sortie de l’invitation. Oui j’avais bien vu le bonhomme à Taratata et entendu la glose sur un album intime voire intimiste où Etienne a mis en musique une lettre longtemps oubliée, aujourd’hui exhumée, d’un père démissionnaire… Mais sans plus. Et pourtant, j’aime bien Daho d’habitude. La seconde édition de ce nouvel opus, me donne le loisir de me ratrapper en vitesse.
Le nouveau Daho est excellent, qu’on se le dise. Si si. Mais vous le savez sans doute déjà. Bon alors c’est une chronique d’ambiance, ou une pour les retardataries, comme moi. Et si vous ne devez lire qu’une seule ligne de cette chronique elle devrait être celle-ci : Daho renoue avec la capacité émotive de Paris ailleurs, sans oublier qu’il est le premier (avant Biolay) à avoir un jour réussi à faire de la pop anglaise en français.
L’invitation porte bien son nom. Le dandy , nâtif d’Oran, nous convie à pénétrer dans son univers. SON univers. Jamais dans un album de Daho, ne m’a-t-il semblé être obligé d’enlever mes chaussures pour ne pas sâlir l’intérieur, tant cet intérieur semble être intime. Daho l’homme de cinquante ans. Daho l’apatride, Daho le cinquantenaire, Daho l’homme sans père… et non un quelconque Je narratif permettant l’identification. Art dans lequel l’homme excelle en général.
Car le dit-on assez : Daho est avec Souchon sans doute le seul « parolier » contemporain en activité, à la fois pop, poétique et français. Le prof de lettres, qui survit quelque part en moi, reste systématiquement bouche bée et admiratif devant la capacité du bonhomme à se jouer de la prose à coup d’artifices propre en général à la poésie. Et à poser l’ensemble sans lourdeur, pesanteur, ni granguignolesque facilité adolescente, ni marbre de vétusté. Quand il dit – au hasard – « tu as toujours cet air étrange, quand tu dis que je suis ton ange, ton gardien, dans cette chienne d’existence, chienne de vie, que tu me ressens comme un double, que je suis ton fauteur de trouble, que tous les autres sont trop cons et vraiment pourris, qu’au milieu des châteux de sable, je reste ton élément stable et qu’avec moi tu voudrais bien niquer la vie,(…) » On admire, la capacité à transformer un langage peu châtié en chanson d’amour, une langue quotidienne en imaginaire, un quotidien en poésie, une poésie en rimes et en allitérations, ces mécaniques propres à la Langue française majuscule, à la musicalité d’une pop française habituellement caractérisée minuscule. Notons que l’homme cède parfois la plume à d’autres : Nicolas Dubosc Merveilleux Été, Brigitte Fontaine , Toi Jamais, Toujours…, et Jérôme Soligny La Vie Continuera.
Daho écrit bien. En ce sens qu’il n’est jamais ni tarte ni cérémonieux, en ce sens qu’il part d’une position d’observateur quotidien pour tâter des sommets d’efficacité littéraire, et que ces sommets peuvent tranquillement aller chasser en Angleterre sur les terres de Saint Etienne (jeu de mot facile, il a collaboré avec eux). Mais on ne s’arrête jamais assez longtemps sur les textes de Daho. Surtout parce qu’au contraire des pontes de la chanson « écrite » Daho ne laisse jamais les mots seuls remplir l’espace.
Une chanson de Daho c’est toujours un texte certes, et quel texte, mais perpétuellement posé sur une mélodie pop. Un brin dandy la mélodie, un brin high level, mais qui finissent toujours par marquer l’inconscient collectif. Tiens d’ailleurs fais le test toi lecteur . Sors comme ça à l’arrache, trois titres de Daho… Tu te rendras compte que tu les muses plus rapidement que tu ne les chantes vraiment, que tu maîtrises toujours le refrain, mais rarement aussi rapidement les couplets. Daho pose des textes riches, sur une musicalité toujours renouvelée, dans la continuité, et sur une perpétuelle recherche de la mélodie qui marque.
L’ensemble musical réussit ici la gageure d’imposer des mélodies dans une impressions un peu diffuse, dont le ressenti sait se faire peu chargé, portée par une guitare qu’on retient plus que les autres arragements : flamenco, cordes à Abbey Road avec le chef et arrangeur anglais David Whitaker… l’album se déroule, pop, romantique, indatable, efficace.
Combien sont-ils les artistes qui après 17 albums (lives et best ofs inclus) sont encore capables de nous enthousiasmer (la période nous donne d’ailleurs de nombreuses occasions de comparaison : Indochine, Cure, U2, Depeche mode…). Daho lui y arrive lui, et diablement bien encore. Ceci méritait bien une chronique. Même en retard.
Denis Verloes
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Tracklist
Date de sortie : mars 2008
Label : Capitol / EMI
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La vidéo de l’invitation via Youtube














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