Ailleurs, de Julia Leigh

ailleurs.jpgCe court roman fut, à  la fin de l’année passée, plébsicité dans nombre de sites et revues comme un des meilleurs livres de 2008. L’occasion a posteriori de revenir sur ce que je pensais être un oubli flagrant. Le résultat est en demi-teinte, et surtout un peu décevant.

Ailleurs est surtout un roman d’atmosphère. Plus qu’une histoire brillante et originale, Julia Leigh, dont c’est le deuxième ouvrage, a voulu rendre son oeuvre cinégénique ou du moins extrêmement visuelle. Plantons donc le décor : demeure glauque et sombre, lacs désolés et jardins d’hiver, longs escaliers obscurs et corridors dans la pénombre. Domestiques, servantes, rideaux et pluie fine : on nage en plein conte gothique, ou dans un roman de Daphné du Maurier, mis en scène par – au choix, Hitchcock (« Rebecca »), Burton (« Sleepy Hollow ») ou même Amenabar (« Les Autres »).

Le début notamment fait vraiment penser à  ce dernier exemple : une femme et ses deux enfants pénètrent presque par effraction dans la demeure familiale, où vivent la mère de celle-ci, son frère avec sa femme, et une domestique. Revenues pour d’obscures raisons après une absence prolongée et un mari/père à  oublier, les trois personnes retrouvent une famille au bord de l’apathie, avec notamment la mort en couches de l’enfant du frère. Etirée de la mort du nourrisson à  son enterrement, le roman aborde les relations difficiles de chacun des protagonistes de ce tango funèbre.

Non-dits, cachotteries, secrets et mensonges : toute l’histoire d' »Ailleurs » n’est faite que de ça, à  tel point que l’on referme l’ouvrage en se demandant si l’on a bien saisi la fin du récit. L’auteur n’a que peu d’importance à  accorder à  son histoire, elle ne s’intéresse qu’aux ambiances, aux coups de théâtre et à  quelques passages malsains et dérangeants, les meilleurs moments du livre, comme lorsque la fille aînée de l’héroîne pose des questions extrêmement crues à  des moments inopportuns comem les repas.

Moi qui suis friand de courts récits, je suis particulièrement déçu par ce livre qui, à  trop s’appuyer sur de multiples références de littérature de genre (ici, le gothique, le fantastique ancré dans une sombre réalité), n’arrive pas à  susciter une émotion particulière chez le lecteur, peu enclin à  rentrer de plein pied dans une histoire où les personnages sans nom errent tels des fantômes dans un lieu finalement plus passionnant qu’eux-mêmes. Leigh écrit très bien, c’est un beau roman d’atmosphère, mais en aucun cas un grand et puissant roman.

Jean-François Lahorgue

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Ailleurs, de julia Leigh
Editions Christian Bourgeois
105 pages, 15 €¬ environ
Date de parution : août 2008.

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