Good Morning England

affiche_6.jpgIl aura suffi d’une imagination débordante et de faits réels puissamment symboliques pour créer là  ce qui est l’une des meilleures comédies britanniques vues depuis longtemps. La puissance de l’opposition entre un bateau déglingué et joyeux, passant jour et nuit les morceaux de rock du moment pour l’Angleterre, en pleine découverte de l’extase et de nouveaux lendemains, et le blocage politique réel qui sévit à  l’époque pour stopper cette débandade musicale, offre au film ses meilleurs moments, à  savoir le bordel diablement entraînant de ces pirates à  fréquence, et la bourgeoisie saucissonnée et pas encore remise des préceptes et valeurs de l’Angleterre victorienne.

Plus qu’une comédie sur l’opposition des valeurs, Richard Curtis réussit à  saisir le vent frais de l’époque, l’espoir d’une libération du corps et de l’esprit à  travers quelques notes et quelques paroles dévergondées. Plus que de simples chansons, ce sont des révolutions et des avenirs qui se dessinent, et que le réalisateur restitue dans toute sa force symbolique (voir la fin, émouvante, où les disques et les espoirs se noient dans la mer). Bien sûr, Good Morning England reste une comédie qui, en la matière, remplit drôlement bien ses fonctions. Car sous l’avalanche énorme des dialogues, l’insolence fait mouche ; esprit potache et conneries en marge des principes marquant la frontière d’une ère nouvelle, le bateau de Good Morning England marque l’éclate optimiste d’une bande de forbans biberonnés au sexe et au rock’n’roll. Les interventions scatologiques jamais lourdes et l’absurdité de certaines situations à  travers l’existence des fans (montrés par ailleurs dans des plans parallèles qui évoquent la popularité et l’engouement universel du langage rock), s’adoucissent avec l’apparition de quelques remises en questions nécessaires, notamment au travers du personnage du Comte ; c’est la conscience que la drogue aura leur peau qui, d’un air coupable, lui fait dire que l’on vit maintenant nos meilleures heures.

Philip Seymour Hoffman durcit les traits et, après avoir déconné clope au bec, baisse les yeux et, d’un air rocailleux, s’annonce comme le prophète d’un temps qui n’est pas encore vraiment arrivé mais qui ne durera jamais vraiment. Décidemment, en écrivain cynique, en prêtre pédophile (?), en metteur en scène schizophrène ou en DJ allumé, Hoffman assure avec un charme et une aisance qui font de lui l’une des valeurs sûres du cinéma actuel. A ses côtés, Bill Nighy, toujours aussi formidable de dérision british, et Nick Frost (révélé dans Shaun of the dead), aux airs de geek enrobé, sont des délices britanniques à  déguster sans modération. Quant à  Kenneth Branagh et Emma Thompson, méconnaissables, ils se sont comme deux cerises placées sur cet énorme gâteau cosmique prêt à  ravir sourires et déhanchements à  n’importe quel réticent au rock. On regrette juste que Tom Sturridge, dans le rôle du jeunot prêt à  perdre sa virginité, soit d’une telle fadeur, malgré son côté ténébreux-bobo qui n’est pas sans rappeler un Louis Garrel sauce british.

Typique de l’humour anglais, le film sait aussi se taire quand il le faut, et offre parmi quelques silences d’or ses séquences les plus drôles, comme celle autour de deux biscuits et d’un verre de lait. Toute cette belle histoire d’une époque révolue, filmée avec une certaine nostalgie et habillée des paroles des groupes et des chansons les plus légendaires, se finit dans l’attendu naufrage – passage moins maîtrisé – où l’inondation tue la musique, où les vagues rebelles engloutissent le langage universel. Les scènes catastrophe sont moins convaincantes et cette dernière partie trop longue, mais cela offre à  Good Morning England de conclure sur une note symbolique qui rappelle à  quel point la musique seule permet de lier les êtres entre eux et de faire naître en chacun de nous une lumière. Et ces quelques ralentissements de rythme ne nous auront pas empêché de nombreux éclats de rire pendant 2h15, sans même réellement s’apercevoir de l’absence totale – et regrettable – de mise en scène. Ce qui, face à  tant d’originalité et de fantaisie rock, ne manque finalement pas tant que ça.

Jean-Baptiste Doulcet

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Good Morning England
Film britannique de Richard Curtis
Genre : Comédie
Durée : 2h15
Sortie,  : 6 Mai 2009
Avec Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy…

La bande-annonce :

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One thought on “Good Morning England

  1. Sans bouder mon plaisir, je pense qu’il ne restera pas grand chose de ce film dans 15 ans. Des milliers de mètres de pellicule donnent forcément (surtout dans un lieu clos comme un bateau) quelque chose d’à peu près correct. Mais j’ai du mal à croire qu’à 40 ans, un cinéaste ait envie de raconter des trucs comme ça. A noter : un film sur deux qui sort aujourd’hui contient dans son titre un nom propre ou un lieu géographique (de « This is England » à « La fille de Monaco ») L’univers est si virtuel que l’on a besoin de repères spatiaux.

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