On parle peu sur Benzine, des rééditions ou des compilations. Pas qu’on aime pas le support, – oui bon des fois c’est vrai, on vraiment aime pas le côté hétéroclite ou mercantile d’objets réédités ou compilés sans aucun apport à la choucroute, ou totalement factice-. Je fais une exception avec Enter the Vaselines.
Parce que oui, effectivement Enter the Vaselines n’apporte pas grand-chose au fan qui possède sans doute déjà les versions studios et aura sans doute du mal à acheter un album pour les seules parties en live enregistrées à Bristol, ou les démos qui étonnement laissent présager ce que d’autres auraient pu en faire comme reprise. Mais il y a un mais. Avec moi il y a toujours un mais quand je commence ma phrase de la sorte. Le mais tient dans une certaine histoire de la musique que les majors ne veulent pas voir, surtout à l’heure du vote de l’Hadopi. Le mais tient dans une question : qui sont aujourd’hui les fans des Vaselines qui ont envie d’acheter le disque compilatoire de leur EP, Album studio, démos, et live ? Enfin du moins en France ?
Facile, des gens qui les ont sans doute connus à l’époque des prémices du téléchargement pirate. Si Si. Je me souviens d’ailleurs avoir testé Napster –quand un ami m’avait dit : « truc de fou, y’a un programme ricain qui permet d’échanger les ziques. Après il reste plus qu’à graver »-, en entrant le thème de recherche The Vaselines. En fait surtout parce que je me disais que je ne trouverais pas un truc aussi pointu sur ce type de réseaux…. Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir plusieurs réponses, essentiellement sur des serveurs outre Atlantique.
Enfin. Enfin j’entendais les Vaselines que Caroline music à Bruxelles (oui même eux) n’avaient pas reçu en import à l’époque où j’aurais aimé les entendre. Parce que j’aurais aimé les entendre avant. Non pas d’ailleurs parce que j’étais à l’époque un mec super pointu qui se la raconte en trouvant des trucs que personne connaît… Mais bien plutôt parce que, ayant eu au lycée ma période Nirvana, je voulais absolument entendre les versions originales régulièrement vantées par Kurt Cobain « himself » à l’époque de Incesticide et Unplugged in New York. Qui étaient ces Vaselines dont Nirvana reprenait sur scène les morceaux son of a gun, molly’s lips ou Jesus don’t want me for a sunbeam ? Qui étaient ces Vaselines inspirant le bonhomme au point qu’il nommât sa fille sans doute en hommage au duo Eugene Kelly and Frances Mc Kee aka The Vaselines ? Je n’en savais guère plus. A part que Primal Scream les avait cité aussi un jour en interview, je crois, et qu’ils étaient sous la coupe de Stephen Pastels dont Damien, un pote, me vanterait les mérites une grosse année plus tard en fac de lettres. Napster me donnerait une réponse quant à lui, un peu plus tard.
C’est donc avec la nostalgie de mon époque Nirvana, doublée de celle de la découverte du téléchargement gratuit, que j’ai écouté la compilation/réédition Enter the Vaselines. Et avec le temps et l’aura, le disque devient à lui seul une sorte de témoignage spatio-temporel. Le genre de témoignage qui démontre que les précurseurs ne sont pas toujours prophètes en leur pays, ni en musique d’ailleurs. Voici un groupe qui a reçu un accueil en demi teinte parce qu’il s’est évertué à perpétuer la coupe de cheveux, le shoegazzing sombre et le mur du son façon Jesus and Mary Chain; alors que ses compositions aux mélodies immédiates et une certaine obédience blues en étaient, en fait, la force. Une force que démontre la présente compilation.
On sent ici comment il manque ce « pas grand-chose », cette petite capacité à se défaire de l’état musical en vogue, pour que The Vaselines inventassent le grunge peu de temps avant le chevelu d’Olympia. Parce que de la mélodie au gimmick pop mais pas enjoué, au décharnement désabusé ; tous les ferments sont en place pour que Kurt et sa clique n’aient plus qu’à se rappeler du punk et lâcher les freins, montrer les dents usées par la vie en forme de génération X.
On sent aussi ici comme il ne manque juste que l’audace à revendiquer ses racines blues ou Stonesiennes pour que le groove réinvestisse la pop noire anglaise des popeux à la coupe au bol. Une barrière morale que ne se privera pas de franchir puis investir Bobby Gillespie, autre fan avéré du groupe, à coups de pilules colorées, pour créer la marque de fabrique de ce qui sera la première incarnation utile de Primal Scream.
Plus qu’une réédition ou un exercice de compilation vain, Enter the Vaselines est surtout un album jalon dans l’histoire de la musique pop. L’espèce de chaînon manquant entre le post punk et les courant grunge ou baggy qui investiront la musique peu de temps après leur passage. Pour cela, en plus de la nostalgie et du plaisir d’écouter de bonnes chansons pop qui gagnent en patine avec le passage du temps, je me risque à oser conseiller l’achat de cette compilation.
Denis Verloes.
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Tracklist
Disque : 1
01. Son of a Gun
02. Rory Rides Me Raw
03. You Think You’re a Man
04. Dying for It
05. Molly’s Lips
06. Teenage Superstars
07. Jesus Wants Me for a Sunbeam
08. Sex Sux (Amen)
09. Slushy
10. Monsterpussy
11. Bitch
12. No Hope
13. Oliver Twisted
14. Day I Was a Horse
15. Dum-Dum
16. Hairy
17. Lovecraft
18. Dying for It (The Blues)
19. Let’s Get Ugly
Disque : 2
01. Son of a Gun [Demo Version]
02. Rosary Job [Demo Version]
03. Red Poppy [Demo Version]
04. Son of a Gun [Live]
05. Rosary Job [Live]
06. Red Poppy [Live]
07. Rory Rides Me Raw [Live]
08. You Think You’re a Man [Live]
09. Dying for It [Live]
10. Monsterpussy [Live]
11. Let’s Get Ugly [Live]
12. Molly’s Lips [Live]
13. Day I Was a Horse [Live]
14. Day I Was a Horse (Again) [Live]
15. Sex Sux (Amen) [Live]
16. I Didn’t Know I Loved You (‘Til I Saw You Rock ‘n’ Roll) [Live]
17. Teenage Superstars [Live]
Date de sortie: 4 mai 2009
Label: SubPop / Pias
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Leur page chez Subpop
Les vidéos via Google
L’album en écoute sur Spotify
Une vidéo de Dying for it via Youtube
Molly’s Lips en duo avec Kurt Cobain










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