Chapelier Fou & Sporto Kantès, Cabaret Electric (Le Havre), le 14/05/2009

sporto_kantes2_300pix_haut.jpgAprès quelques six mois de désertion, c’est avec la panoplie du parfait novice et muni d’une paire d’oreilles vierges que je retourne au Cabaret Electric. De ce Chapelier fou, frêle d’une discographie en voie d’éclosion, je ne connais presque rien, si ce n’est une origine (Metz), une écurie (Ici d’ailleurs, qui brille souvent par ses choix musicaux avisés), et des accointances avec un certain Matt Elliott (que l’on souhaite artistiquement fructueuses). De Sporto Kantès, je n’en connais pas davantage, si ce n’est une poignée de tubes généreusement diffusés sur des ondes et lounge bars où la cool attitude est de rigueur.

Avec une humilité ostensible, un sourire naturel et un indispensable couvre-chef, Chapelier Fou prend place derrière un dispositif comprenant laptop, clavier-maître et consoles, dont l’une arbore un look résolument artisanal et fait maison. De ces machines émanent des boucles enchanteresses, crapahutant autant dans les voilages fins d’une électronica féérique que dans ceux plus ludiques d’un abstract-hip-hop copieusement ravitaillé en samples millésimés. Plutôt que de tourner en rond, ces boucles jouent volontiers les contorsionnistes, aidées en cela par de fréquentes manipulations du jeune chapeauté, visiblement décidé à  en découdre avec l’habituel immobilisme inhérent au genre. En sus du remarquable travail de programmations, perpétuellement asticotées et remises en cause, ce professeur de violon féru d’outils numériques a rapatrié sur scène une guitare et son instrument de prédilection pour en extirper des boucles (pizzicato et archet à  parts égales), qu’il s’amuse à  empiler jusqu’à  ce que ravissement auditif s’en suive. Indubitablement, eu égard aux sourires affichés par les visages d’un public encore clairsemé, le ravissement est partagé, et vaut autant pour les dérives techno-dub hypnotiques et dansantes que pour ce final délicatement illuminé de glockenspiel.

chapelier_2_300_pix.jpgAprès pareille prestation, il me paraît pour le moins inconcevable de ne pas passer par la case merchandising, pendant une courte pause durant laquelle le public venu exclusivement pour Sporto Kantès s’étoffe substantiellement. Lorsque déboule au pas de course le tandem (Nico à  la basse, Benji à  la guitare et au chant), épaulé pour l’occasion par un batteur, un claviériste et un guitariste, quelques mesures suffisent pour que s’impose une évidence : première et seconde parties sont en opposition de phase. Aux antipodes de l’élégance et du raffinement déployés par Chapelier fou, Sporto Kantès a pour préoccupation majeure d’amuser la galerie ; et dans cette optique, ne s’embarrasse pas plus de sophistication musicale que de prouesses littéraires ( » Les filles c’est comme les cacahouètes, on sait quand ça commence, on sait jamais quand ça s’arrête » une formule parmi d’autres, qui répétée inlassablement, aura eu raison de mon hermétisme en métamorphosant mon cerveau en éponge).

sporto_kantes_1_300pix_large.jpgSur un mode constamment festif et dénué de tout complexe, balayant un spectre musical allant du rock paillard à  effet de manche à  des dérives reggae sous influence nicotinique, en passant par du funk purement distractif ou du ska-punk déluré et un poil fruste, Sporto Kantès communique avec un public grandement réceptif et frétillant, et le harponne à  renfort de gimmicks mélodiques et vocaux, invariables au point d’en devenir entêtants, sinon abêtissants ou infantilisants. Passé le cap de 4 ou 5 titres venus me conforter dans l’idée que l’indifférence jusqu’alors manifestée à  l’égard leur discographie avait trouvé ce soir un fondement et une raison de perdurer, je capitule et opte pour la solution de réconfort, m’avachis côté bar, remerciant intérieurement Chapelier Fou d’avoir sauvé ma soirée du naufrage.

Texte : Sébastien Radiguet

Photos : Nicolas Carlier

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One thought on “Chapelier Fou & Sporto Kantès, Cabaret Electric (Le Havre), le 14/05/2009

  1. Hello,
    Veux tu recevoir le EP de CHAPELIER FOU, aperçu en concert au Havre ? A quelle adresse ?

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