Looking for Eric – Ken Loach

A plus de soixante-dix ans, le britannique Ken Loach atteint pour la première fois une certaine légèreté, sans renier ses principes ni ses convictions de cinéaste marxiste, lucide et engagé, qui n’a eu de cesse de montrer et de dénoncer les ravages du thatchérisme, mais aussi de parcourir le monde des opprimés et des laissés-pour-compte.

looking for eric

Au regard des deux opus précédents, Le Vent se lève et It’s a Free World, Looking for Eric apparaîtra comme mineur, pourtant les valeurs chères au réalisateur de Sweet sixteen traversent cette comédie résolument généreuse, où le rire et le happy end finiront par triompher.

Ce qui n’était pas gagné d’avance, vu les difficultés dans lesquelles est embourbé Eric Bishop, postier, qui subit la présence de ses deux beaux fils, l’un séchant les cours et l’autre mêlé à  des trafics louches. Celui qui fut un danseur talentueux de rock il y a trente ans ne s’est jamais remis de ne pas avoir assuré avec Lily, sa première femme et sa partenaire sur les pistes. Le temps s’est écoulé, l’ennui et la résignation se sont si installés que mettre un terme à  cette existence triste et ratée pourrait bien encore être l’échappatoire la plus plausible. C’est sans compter sur l’arrivée d’un ange gardien en la personne de…Eric Cantona himself, joueur de foot atypique, grande gueule aux aphorismes légendaires, dont le passage à  Manchester déclencha la liesse des supporters qui vouèrent un culte immense à  celui devenu  » The King « . On peut rêver difficilement mieux comme coach ou directeur de conscience qu’un homme réputé pour ses colères, ses coups de gueule, mais aussi son incroyable maîtrise du jeu collectif.

La collaboration entre le cinéaste et l’ancien joueur de foot, initiée par le second, semble aller de soi tant on saisit bien les valeurs communes que ces deux hommes peuvent partager. Quand l’un avoue que son meilleur souvenir n’est pas lié à  un but d’exception, mais plutôt à  une passe, ces notions de solidarité et de collectivité touchent forcément l’autre. Et ce n’est certes pas la moindre qualité de Cantona d’être à  l’origine d’un projet dont il ne sera pas la figure principale. Mieux, il joue sans arrêt avec son image, pratiquant une autodérision jubilatoire. Eric le postier n’a que faire des sentences proverbiales d’Eric le footballeur, fantôme épisodique et conseiller pragmatique, insufflant l’énergie nécessaire à  redémarrer une machine juste grippée. On sourit donc à  voir un Cantona jonglant entre anglais et français, fumant des joints et buvant des verres, sapant à  la base avec délectation un piédestal dont il connait trop bien le provisoire.

En passant, Looking for Eric livre aussi son point de vue sur l’état du football aujourd’hui, discipline salie par le business qu’elle a créé, rendant de moins en moins possible l’accès aux stades pour les gens modestes. C’est aussi le grand art de Ken Loach de savoir rendre attachants des supporters au physique passe-partout, aux préoccupations terre-à -terre que d’autres traiteraient de manière cynique ou ironique. Comme toujours chez le réalisateur de Land and freedom, l’interprétation des comédiens est impeccable, en tête desquels Steve Evets compose un Eric Bishop à  la rage mal contenue, résigné et abattu.
Bien sûr Looking for Eric possède aussi d’abord une dimension parabolique, le film est une sorte de conte moderne qui exalte les notions d’entraide et de solidarité dont on découvre la plus belle illustration dans l’avant-dernière scène du film. Cette légèreté nouvelle, presque frivole, chez Ken Loach produit le meilleur effet, un film tendre et généreux, résolument optimiste, croyant encore en la nature humaine.

Patrick Braganti

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Looking for Eric
Film britannique de Ken Loach
Genre : Comédie
Durée : 1h59
Sortie : 27 Mai 2009
Avec Steve Evets, Eric Cantona, Stéphanie Bishop,…

La bande-annonce :

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