Les Beaux gosses

affiche_8.jpgLes Beaux gosses n’est certes pas le premier film à  parler de l’adolescence crûment. Récemment, Et toi t’es sur qui? et le sublime Naissance des Pieuvres (sous la forme d’un drame saphique) montraient que l’on pouvait parler avec pudeur et une bonne distance de ce qui sépare l’enfance du passage à  l’âge adulte, à  travers l’éveil à  la sexualité.

Si le premier avait un côté pédagogique un peu pantouflard, et que le deuxième, irréprochable, reste encore gravé dans les esprits, Riad Sattouf tente ici un amalgame désopilant entre la triste réalité et la comédie pure, sorte de American Pie à  la française, en beaucoup plus fin, l’air de rien. Car sous l’humour salace à  se tordre de rire, se cache une méticuleuse observation des faits adolescents, et ceci sans jamais céder à  la facilité (film hors du temps, qui n’utilise pas le gadget technologique pour charmer son jeune public – absence de portables, de messageries ou autres systèmes de chat, garde-robe désaffectée et ringarde). La force des Beaux Gosses, en premier lieu, est d’incruster cette bande de jeunes loosers que l’on a vu mille fois au cinéma au sein d’un univers véritable et particulier, : ici, le rapport à  la bande dessinée saute aux yeux, à  la fois dans l’énergie des dialogues, de la mise en scène (quelques plans ressemblent, dans leur conception, à  une planche de dessins qui viennent tout juste d’être crayonnés), et grâce aussi aux faciès des jeunes acteurs.

Il y a quelque chose de barré, d’irrésistiblement comique avant même tout engagement humoristique, dans la façon qu’a Riad Sattouf de croquer ses personnages et tout ce qui les entoure. Les Beaux gosses, plus qu’une simple comédie légère, revêt un aspect intemporel, dans sa façon de nous mettre face à  un passé (ou à  un présent, suivant l’âge du spectateur!), sans que l’on sache réellement où se situer, car tout ce beau monde, même s’il comporte évidemment de nombreux ancrages dans le réel et l’actuel, semble sortir d’une autre planète. Le cinéaste n’évite ni les clichés ni le prévisible (et il ne s’en cache visiblement pas), mais son film, simple et modeste, jamais dans la tentative d’élucider le mystère adolescent, n’a pas d’autre prétention que celle de faire rire. Et y réussit totalement.

Alors, volontairement ou pas de la part du réalisateur, on pourra pousser plus loin et dire que Les Beaux gosses est un peu plus que cela, c’est aussi une histoire émouvante des derniers moments, d’un collège qui ne durera pas toute la vie, des bons potes qu’on perdra de vue, des moments uniques passés avec les mecs, ou les filles, les délires après l’école, la fascination exercée par les corps (principalement féminins ici!). Il y a la nostalgie (certainement voulue puisque le film ne s’inscrit dans aucun temps précis) de se rappeler d’un ami qu’on a lâchement quitté pour les beaux yeux d’une jeune fille, la pêche d’une amitié plus belle que tout, de chaque instant partagé, la bêtise non dissimulée, le dégoût qu’inspirent les physiques ingrats, les parents collants (génialissime Noémie Lvovsky et son intéressement pour l’activité masturbatoire de son fils!).

Comme s’il peignait une génération vue d’en haut, Riad Sattouf touche juste, fait rire, émeut grâce à  une musique énergique et d’une incroyable efficacité lors des scènes dures (de façon plus sérieuse, pouvait-on mieux filmer un adolescent qui se masturbe qu’avec cette distance impeccable, faite d’humour et de gravité?), et prouve encore sa lucidité extrême face à  un monde qu’il n’a peut-être pas quitté lui-même, avec ce qu’il contient de souvenirs personnels et collectifs. Comme une mémoire à  raviver, Les Beaux gosses s’adresse aux plus vieux comme aux plus jeunes qui, de toute manière, se retrouveront dans l’humour vachard et les personnages stéréotypés, représentation exacte et universelle de la réalité.

Un grand moment de bonheur, 1h30 de rires ininterrompus (le porno de Valeria Golino sur MamanChaudasse.com, un must!), une bobine en souvenirs des beaux jours, des jours ardus, décisifs, des moments-clés que tout le monde a vécus. Tout en évitant l’imagerie de la drogue, de plus en plus présente dans notre réalité, Riad Sattouf marque aussi un point remarquable ; il exclut d’emblée toute présence de substances et prouve subtilement qu’il n’y a rien de mieux, quitte à  paraître naîf pour certains, que l’amitié et l’amour. Par la grâce de ses jeunes puceaux de la caméra (comprendre qu’ils font là  leur premier film), le réalisateur, qui sait choisir ses têtes et révéler de vrais talents, de vrais caractères spontanés et assumés, signe une parenthèse irréelle et réaliste à  la fois, avec une bande de rebelles que l’on a envie de suivre encore, dans leur intimité. Comme de bons amis.

Jean-Baptiste Doulcet

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Les Beaux gosses
Film français de Riad Sattouf
Genre : Comédie
Durée : 1h30
Sortie : 10 Juin 2009
Avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolières…

La bande-annonce :

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One thought on “Les Beaux gosses

  1. « il exclut d’emblée toute présence de substances et prouve subtilement qu’il n’y a rien de mieux, quitte à paraître naïf pour certains, que l’amitié et l’amour »

    Vous avez fumé ou quoi?

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