Ne te retourne pas

affiche_7.jpgL’ambition et la conviction de Marina De Van seraient une bonne raison, par rapport à  ce qui se fait habituellement dans le cinéma français, pour être indulgent envers les failles de Ne te retourne pas qui se voudrait insondable. Nous pourrions nous satisfaire du simple fait qu’il s’agisse d’un thriller psychologique français. Mais ne soyons pas faux-culs, : Ne te retourne pas – et c’est triste à  reconnaître – est totalement raté, ou presque. Qu’il s’agisse de la mise en place, qui nous offre d’emblée une part de la fin à  venir, ou bien des évènements surnaturels qui se produisent (une table a changé de sens, whaou!), le film affiche un manque flagrant d’inspiration.

La mise en scène, très concentrée et en même temps totalement superficielle (à  l’exception de la maîtrise des champs/contrechamps), rend palpable, voire confortable, ce qui est totalement abstrait, : la folie. Dans l’imagerie fantastique que met en place Marina De Van, l’explication vaine et pesante remplace la suggestion et le simple désir de filmer la folie ordinaire. L’esthétique de son film, ses partis pris, ses choix de concentration, sont exactement l’inverse de ce qu’il faut pour créer une ambiance d’effroi et les conditions pour la faire partager et ressentir. A force d’utiliser un mobilier quotidien, des visages banals qui s’intervertissent toutes les cinq minutes, la folie économe tombe à  plat et est remplacée par une débandade d’effets visuels très réussis qui viennent pallier un cruel manque d’idées, voire de talent.

Marina De Van charge son film à  bloc, en rajoute de plus en plus, jusqu’à  ce que sa lisibilité en prenne un sérieux coup ; la psychologie qu’elle tente de cerner tourne autour de ce quotidien tout à  fait quelconque qui se déforme en une masse d’incompréhensions. Les personnages, les visages, les corps s’accumulent sans que l’on comprenne pourquoi ; contrairement à  Lynch, chez qui la dualité, la multiplicité et l’infinité forment un triangle d’or, Marina De Van installe platement ses atmosphères (le casino, lieu insolite mêlant le luxe charnel et le cauchemar morbide), fait d’une scène de danse sans utilité une frénésie censée apporter au scénario une pointe de mysticisme pour le spectateur… Lors de la fin, amas de mille explications toutes plus grotesques et inconcevables les unes que les autres, on finit par rire à  gorge déployée, tandis que Monica Bellucci (qui joue pour une fois sans ses seins, mais toujours aussi mal) se métamorphose en différents personnages à  travers deux temporalités mélangées, si ce n’est trois ou quatre, à  vrai dire on ne sait pas.

Dommage alors, car quelques séquences formidables émergent (le morphing dans le casino est absolument excitant, ou bien le générique de début qui évite le visage de l’héroîne), alors que la bande originale révèle une belle assimilation des codes d’accentuation psychologique jusqu’à  l’effroi, et Sophie Marceau se démène avec une énergie contagieuse. Mais toutes ces qualités sont malheureusement flinguées par un terrible manque de talent et d’exigence de la part de Marina De Van, comtesse qui se voudrait fille de Dario Argento mais qui n’en est que l’ombre décharnée.

Jean-Baptiste Doulcet

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Ne te retourne pas
Film français de Marina De Van
Genre : Thriller
Durée : 1h51
Sortie : 3 Juin 2009
Avec Sophie Marceau, Monica Bellucci, Brigitte Catillon…

La bande-annonce :

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2 thoughts on “Ne te retourne pas

  1. Je remarque avec un plaisir non dissimulé et même une certaine fierté qu’un adjectif assassin – celui qui concluait le papier – a été supprimé dans cette version. C’est bien mieux. :)

  2. C’est incroyablement prétentieux, tout comme la plupart de vos autres critiques. Incroyable que des esprits si fermés existent et s’en vantent à ce point.

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