Story of Jen

affiche_9.jpgCertains films se démarquent par leur constance à  aller jusqu’au bout d’une histoire pour le moins ordinaire d’un point de vue cinématographique. Story of Jen, second film de François Rotger à  l’empreinte salvatrice, fait partie de ceux-là .

Sur un postulat qui en a inspiré d’autres, le réalisateur de The Passenger tire vers le haut un récit auquel échappe toute prévisibilité. La force de ses références cinématographiques, indéniablement assimilées, donnent à  voir un monde réel poétisé à  la manière d’un Terrence Malick, alors que l’ombre de Trois enterrements ou bien de Gus Van Sant plane gracieusement au-dessus de certaines scènes. Mythologie de l’Amérique, incarnée par une réappropriation des genres (du teen movie psychologique au thriller, du western au drame conjugal) et des codes esthétiques bien précis, cette sombre histoire de deuil et d’amour crépusculaire rappelle les grands films des années 80 dans lesquels l’Amérique est tout à  la fois une Terre et un espace photogénique relié directement à  ses traditions ancestrales, à  son odeur de soufre et d’or.

En prenant le parti d’isoler le temps, François Rotger nous laisse comme dans un grand voyage, passionnés par de nouvelles couleurs et de nouvelles sensations, esquivant à  chaque moment la base solide d’un repère temporel. Si le scénario en pâtit dans la première partie, mêlant parfois avec confusion passé et présent, il se réactive dans la deuxième, sublime poursuite jusqu’à  la mort dans les roches de l’Amérique du Nord. Avec ses personnages envoûtants, sa musique qui se dissout dans l’image, l’incroyable magnétisme qui ressort du visage de Tony Ward et l’impressionnante maîtrise de sa mise en scène, le cinéaste nous tient en haleine, développe son scénario en faisant passer l’improbable pour le plus naturel des drames jusqu’aux dernières séquences. Un film inattendu, qui révèle là  un auteur d’une richesse formidable ; peut-être aurait-on aimé un peu plus d’érotisme dans la relation parfois clinique qui relie l’homme à  la jeune fille, mais la beauté souveraine de l’image en souligne toute l’ambigüité.

Story of Jen finit par jaillir d’amour et d’humanité, de douleur aussi, et ce malgré le choix discutable de Marina Hands dans le rôle principal, parfois alourdi par l’intonation éléphantesque de la comédienne.

Jean-Baptiste Doulcet

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Story Of Jen
Film français, canadien de François Rotger
Genre : Drame
Durée : 1h52
Sortie : 10 Juin 2009
Avec Marina Hands, Laurence Leboeuf, Tony Ward…

La bande-annonce :

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