Fais-moi plaisir !

affiche_14.jpgOn connaissait déjà  chez Emmanuel Mouret le goût de la parole et du langage qui en fait un digne descendant de Rohmer, en nettement plus drôle et moins précieux. Ses deux longs-métrages précédents,, Changement d’adresse et Un baiser s’il vous plait, mettaient en scène des personnages en prise avec leurs tourments amoureux, se retrouvant confrontés à  des situations cocasses et décalées, sans lien tangible avec la réalité. Un cinéma du marivaudage à  priori badin, aux dialogues peaufinés, très écrits, voire littéraires, où dérision et déraison s’entremêlent pour le plus grand plaisir des oreilles du spectateur.

Les jeux éternels et intemporels du désir et de la séduction continuent à  passionner le réalisateur marseillais qui, dans Fais-moi plaisir, !, explore un nouveau registre, celui du vaudeville et du burlesque. Les plans initiaux du film nous font partager une discussion vive, à  la dialectique argumentée, ping-pong verbal extrêmement réjouissant, entre Ariane et Jean-Jacques, : la première persuadée que le second fantasme sur une autre femme. Pour sauver leur couple,  » l’inscrire dans une force de progrès  » selon la propre formule d’Ariane, celle-ci encourage Jean-Jacques à  avoir une aventure avec l’autre femme, qui organise une réception le soir même à  laquelle le jeune homme est convié.

Les trois quarts d’heure qui suivent tiennent tout autant de The Party de Blake Edwards (1968), de Mon oncle de jacques Tati (1958) que de After Hours de Martin Scorsese (1985) et donnent lieu à  une succession de quiproquos et de catastrophes absolument hilarantes. Invité chez celle qui n’est autre que la fille du Président de la République, Jean-Jacques accumule les bourdes, : du doigt prisonnier dans un vase à  la braguette du pantalon coincée dans un rideau, il évolue comme un éléphant dans un magasin de porcelaine au sein de la soirée branchée, au coeur d’une maison étonnante. Non seulement, des passages souterrains et des ascenseurs commandés à  la voix se dissimulent derrière des bibliothèques trompe-l’oeil, mais encore des toilettes immaculées transformées en exposition d’art contemporain ou de curieuses portes ouvrant sur des univers sonores inattendus. C’est donc l’escalade pour le pauvre Jean-Jacques au cours de cette nuit pleine de rebondissements qu’il traverse avec candeur et un étonnement perpétuel. Fais-moi plaisir, ! ne sombre jamais dans la vulgarité ni la facilité et réussit au contraire à  s’inventer en permanence. Comment ne pas être attendri par ce dadais maladroit et décalé, inventeur de procédés absurdes sans aucune application possible, lointain cousin de Monsieur Hulot, étranger aux usages modernes, Don Juan à  son corps défendant.

Avec son écriture aux petits oignons, le film séduit aussi par la qualité de sa construction et la boucle qu’il finit par effectuer, revisitant la tradition de l’arroseur arrosé. Pendant 85 minutes, on assiste à  une fantaisie légère et subtile, qui cultive avec intelligence une certaine différence caractérisée par son élégance et sa capacité à  tourner le dos aux modes. A sa façon, et on notera au passage le soin apporté à  la lumière et à  la méticulosité de la mise en scène, tout comme la présence de belles et jeunes femmes, Emmanuel Mouret devient film après film notre Woody Allen français. Entouré de comédiens fidèles – le couple qu’il forme avec l’épatante Frédérique Bel fonctionne vraiment très bien – le réalisateur de Vénus et Fleur poursuit avec talent cette quête éternelle du désir et de bonheur, s’en remettant aux surprises du hasard et du destin. Plus que de les subir, les personnages d’Emmanuel Mouret semblent constamment s’y adapter en ajustant sentiments et attitudes au gré des circonstances. Et Dieu sait qu’elles sont ici étonnantes et illogiques, folles et jubilatoires, transformant en réussite cette demande de plaisir.

Patrick Braganti

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Fais-moi plaisir !
Film français d’Emmanuel Mouret
Genre : Comédie
Durée : 1h25
Sortie : 24 Juin 2009
Avec Emmanuel Mouret, Judith Godrèche, Frédérique Bel, Deborah François, …

La bande-annonce :

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3 thoughts on “Fais-moi plaisir !

  1. Soit votre journaliste est arriéré mental et rit encore au jet d’eau dans la tête du héros (années 20), soit il n’a pas vu le film et tient à rester amis avec son ami cinéaste, soit il doit s’expliquer. (à moins qu’il ne dise qu’il aime ce film pour faire plaisir à ses enfants)

  2. Film vraiment navrant. On a du mal à croire qu’à 35 ans (ou 40 je ne sais pas) le cinéaste ait encore envie de raconter des petites histoires de quiproquo et de braguettes coincées. Seul moment sympa (même si on y croit pas) : Jacques Weber en président de la République.

  3. c’est marrant je pense tout l’inverse. Pour moi Mouret c’est la version débridée de Rohmer !

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