PJ Harvey & John Parish – A woman a man walked by

PJ.jpgAllez je vais le dire vite puis courir loin pour éviter de me faire rattraper par la police du bon goût indie: je n’aimais plus PJ Harvey. Ca y’est c’est dit. Je vous laisse j’ai un train à  prendre pour partir très très loin.

Trêve de plaisanterie, je crois que j’ai du lâcher la dame anglaise quelque part entre stories from the city… et Hu Huh Her. Bien que Magic, ma revue préférée m’enjoignît à  adouber une poétesse mi urbaine, mi countrysidisante dans le white chalk de 2007, je restais toujours un peu sur ma faim.

Sans doute hanté par ce CD emprunté jadis, par hasard à  la médiathèque de Bruxelles à  l’époque, qui me hurlait dans les oreilles »you’re not rid of me ». Sans doute aveuglé par Miss Harvey tout de rose gainée sur une scène de Werchter, hurlant le retour de ses menstruations sous un soleil de plomb et un spectateur fasciné (mais peut-être étais-ce le subtil mélange de Jupiler et d’herbes de Provence aussi….)

J’ai donc vu les dithyrambes arriver avec ce nouvel album d’un air un brin désabusé. Oui c’est ça, encore un bon album de Pj, hum hum, comme Huh huh her quoi. Rien que des bons albums que je ne parviens pas à  me repasser régulièrement sur la platine, tellement à  force, ils finissent par m’horripiler (à  quelle heure le train pour très loin déjà ?).

Quand on m’a dit que le duo du passé (de 1996 exactement) était de retour, que PJ Harvey passait au chant tandis que John Parish s’occupait des mélodies, et que les deux se rejoignaient dans un amour commun pour la production… Je me suis laissé tenter. Est-ce que le deuxième album du duo pouvait réitérer la magie de l’excellent to bring you my love (ouvragé par les deux) ou du réel premier album co signé en duo?

Honnêtement il m’a fallu du temps pour l’appréhender ce nouvel album (désolé @Spokette [priva joke]). Me rendre compte que non seulement je l’aimais beaucoup, mais qu’en plus, je l’adorais, tout simplement, sans être capable de donner de meilleur qualificatif. Le temps de me rendre compte que je fredonnais régulièrement les titres phares avec cette subtile envie d’envoyer balader les sites de recherche d’emploi (autre [priva joke]) comme au bon vieux temps de mon rock and roll personnel. Le temps de me rendre compte que je retrouvais à  la fois de ma jouvence musicale cumulée mais y découvrais aussi une maturité personnelle et sonore que seule une poétesse moderne retranchée dans une tour d’ivoire sisolée avec un piano aurait été capable de me donner.

Mais une fois que ce rapport d’analyse a été terminé…. Quel Kif! oui! Du panard 46 pour la génération de 75. Soit un album qui convoque l’esprit du rock and roll testiculaire transposé en fille, comme seule est capable de le gérer PJ Harvey: éminemment féminin, mais burné comme un camionneur. Le retour des années 90 de la dame anglaise dans sa propre discographie, comme filtrée et en seconde pression à  froid, so chic, par le passage du temps, la prise d’année et le statut acquis à  force d’années d’icône du rock britannique.

Musicalement ça veut dire que les mélodies de Parish font la part belle au gimmick pop, à  la mélodie attape couillon, et le couillon en redemande. On navigue entre la décharge d’adrénaline, canalisée de maîtresse main, et ballade un peu inquiétante façon Leaving California et Emilie Simon. On tangue entre britpop à  lager et un »presque goth » à  la Kate Bush. Mais bon sang quel plaisir.

Le bonheur nostalgique de retrouver un peu de la tension de rid of me, de l’élégance pop de to bring you my love et de quoi tenir quelques mois sur une poignée de titres franchement épatant. Ca envoie de l’électricité, puis ça caresse comme une spiderwoman évadée du lullaby de Cure. Ca attrape les boulettes là  où ça fait mal, puis ça renvoie à  des pensées plus larges plus posées, plus philosophiques. L’exact point de rencontre entre le pop rock de pub et l’art de galerie pour hipsters en manque de nouvelle sensation. Le pied, on a dit.

Alors, peut-être que les thuriféraires du bon goût indie m’autoriseront à  ne pas prendre ce train qui ne mènerait nulle part. Le bonhomme rentre dans le rang. A woman a man walked by est un nom de nom de bon album. Qui me réconcilie avec PJ Harvey. Et une entrée direct dans les albums qu’on recitera sans doute dans l’annuel classement du meilleur du meilleur de l’année.

Denis Verloes

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Tracklist
01. Black Hearted Love
02. Sixteen, Fifteen, Fourteen 3:32
03. Leaving California 3:54
04. The Chair 2:24
05. April 4:36
06. A Woman A Man Walked By / The Crow Knows Where All The Little Children Go 4:44
07. The Soldier 3:52
08. Pig Will Not 3:46
09. Passionless, Pointless 4:15
10. Cracks In The Canvas 1:53

Date de sortie: 30 mars 2009
Label: Island / Universal

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One thought on “PJ Harvey & John Parish – A woman a man walked by

  1. J’avais un peu le même sentiment sur PJ Harvey.
    Du coup, ça me donne envie d’y remettre une oreille … attentive.

    J’aime beaucoup les « Ca attrape les boulettes là où ça fait mal » et autres « Ã©minemment féminin, mais burné comme un camionneur. » Lol

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