L’Anniversaire de Leila

affiche_5.jpgC’est L’Anniversaire de Leila, mais une journée ordinaire pour son père, chauffeur de taxi à  Ramallah. Sur cette trame bien mince, le réalisateur palestinien Rashid Masharawi, qui signe là  son sixième long-métrage, s’intéresse à  la vie quotidienne dans une ville occupée, où tout semble aller de travers, royaume de l’absurde et du kafkaîen. Une confusion et une anarchie permanentes qui froissent les convictions et les règles de vie du chauffeur de taxi, ancien juge, qui se contente aujourd’hui d’occuper cet emploi en dessous de ses compétences. Respectueux des lois, croyant en la force des normes et se montrant le plus souvent intransigeant et tatillon, il impose le port de la ceinture, l’interdiction de fumer à  ses clients, tout en refusant certaines destinations (les check-points).

Après avoir conduit sa petite fille à  l’école et avoir effectué sa visite quotidienne au Ministère de la Justice, où le décor change en même temps que les occupants successifs, il va connaître toute une série d’incidents plus ou moins graves, déplacés et incongrus à  notre regard occidental. Tous ces petits événements sont là  pour souligner l’absurdité tragi-comique de l’existence à  Ramallah. Le plus insolite et léger (un couple quitte précipitamment le véhicule pour faire la queue sans en savoir la raison) côtoie le plus grave (le taxi est réquisitionné pour amener un blessé suite à  un attentat). L’Anniversaire de Leila est constitué de courtes saynètes, entrecoupées de longs plans-séquences à  travers les rues de la ville montrant les mouvements habituels des cités, mais aussi la juxtaposition de ruines et de constructions.

Le flot de péripéties prête à  sourire, mais insidieusement, une certaine tristesse imprègne le film petit à  petit. Le flegme très british du chauffeur de taxi, yeux clairs, élégance des vêtements, interprété par Mohammed Bakri qui fait penser à  Peter Sellers, se mue en un énervement progressif qui atteint son apogée dans un jaillissement de paroles et d’invectives longtemps contenues. Passé cet instant de tension, L’Anniversaire de Leila se conclut par une dernière pirouette, : malgré ses grands principes, le chauffeur de taxi est lui aussi capable de profiter des opportunités dérisoires et des petits détails qui enjolivent provisoirement la vie – une soirée d’anniversaire autour d’une famille unie, comme rempart aux désordres extérieurs.

Par le petit bout de la lorgnette, avec une juste distanciation, à  travers la vie d’un homme évoquée sur quelques heures et dans un lieu unique, Rashid Masharawi livre un point de vue ironique et décalé sur la situation de la Palestine, où le politique ne cesse d’interférer dans l’existence de tous les jours. Le traitement aux confins du burlesque et la multiplication des vignettes qui ne proposent que des ébauches des personnages secondaires n’en rendent pas moins le film convaincant et attachant.

Patrick Braganti

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L’Anniversaire de Leila
Film palestinien de Rashid Masharawi
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h11
Sortie : 22 Juillet 200ç
Avec Mohammed Bakri, Areen Omari, Nour Zoubi,…

La bande-annonce :

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