Les Regrets

affiche_1.jpgMeilleur film français pour l’un, convenu, creux et artificiel pour l’autre, une nouvelle fois, le débat fait rage entre les deux chroniqueurs cinéma.

Tout est dit dans la beauté simple du titre, ces regrets que l’on cache et qui, parfois ressurgissent. Cédric Kahn a beau être un cinéaste inégal et donc imprévisible, il n’est ici pas moins que l’héritier d’un Truffaut à  l’érotisme machiavélique. La splendeur du film ressort de son immense simplicité ; confronter par le biais de deux acteurs hors norme des personnages spectraux dont chacun est un morceau de passé qui ne nous est jamais dévoilé (ou presque, au détour d’un dialogue).

Le réalisateur de L’Avion n’invente rien de révolutionnaire ici, seulement il dévoile si bien les sentiments, magnifie à  tel point chaque visage par une science exacte de la mise en scène et de la tension dramatique, que son scénario nous met en alerte à  chaque aller-retour. La crudité extrêmement sensuelle de la réalisation apporte au film cette extase en mouvement, ce prolongement des grandes histoires dans de petits drames. L’ampleur se fait par les kilomètres parcourus, les mots simples que l’on dit ou que l’on hurle, le naturel de personnages qui sont à  ce point au coeur de l’amour qu’ils finissent vraiment par s’aimer devant la caméra.

Les Regrets est un vertigineux film d’amour comme on en voit rarement, et sans aucun doute le meilleur film français vu cette année, porté par la grâce indescriptible d’Yvan Attal et de Valéria Bruni-Tedeschi qui, plutôt que d’enfiler des costumes, donnent à  voir la plus grande difficulté du métier d’acteur : celle de faire passer les personnages dans la folie du quotidien, imperceptible, mesurée, croissante, fatale. Les cordes stridentes et emballées de Philip Glass viennent rajouter à  l’instabilité de la relation une dissonance à  chaque moment de passion. Le grand moment de cette épopée de sentiments réduite aux tristesses du temps (est-il plus facile de vivre dans le présent que dans le douloureux souvenir, est la seule et unique question du film) est indéniablement la décision folle des deux amants de prendre la route vers Barcelone : d’une scène de voiture la nuit où les visages joviaux et passionnés opèrent une fellation en pleine conduite, jusqu’à  la minute d’après où, par la grâce de l’ellipse qui tait on ne sait quel accès de peur ou de rage la même scène prend une direction tragique par les larmes de Maya.

Cédric Kahn prouve qu’il est capable de passer du tout au tout avec une puissance qui rend son cinéma indomptable et d’une maîtrise parfaite, engagement technique camouflé sous cet air de naturel qui donne l’impression que le film n’est fait de rien alors que son essence est là , juste devant nous. Les acteurs, à  cette image, passent des regards passionnés, pétillants, aux airs déchirés et figés des statues grecques. Tout est absolu, passionné, extatique, mouvementé, plein de lumières acides et de regards vrais. Cédric Kahn parle d’amour ; celui qui tue à  petit feu. Celui qui pousserait à  la violence, à  la folie, à  l’humiliation, au viol, au suicide. L’amour dans toute sa démesure, dans sa splendeur et son dégoût terrible à  la fois, l’amour tragique, barbare, incontrôlable. On tombe de dix étages dans cette chute libre vers l’Enfer des sentiments, récit terriblement dur et douloureux où l’être humain est condamné à  souffrir de ses désirs de chair sans pouvoir y remédier. Cédric Kahn, par plus grand souci de pureté, à  choisi l’éther dans cette ode à  l’amour infernal, sans limites, qui transforme la fusion fantasmée des acteurs en une fusion réelle qui dépasse l’accord du cinéma. Il n’y a que ce septième art qui est aujourd’hui capable d’être plus réel que notre réel, de nous faire vivre plus de rêves que nos propres rêves.

Jean-Baptiste Doulcet

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Dans Les Regrets, Cédric Kahn met en scène la résurgence d’une passion ancienne, inaboutie et inaccomplie entre Mathieu, un architecte quadragénaire, et Maya. Après avoir disparu quinze années plus tôt et ne plus jamais avoir donné de signes de vie, Mathieu, de retour dans la ville de son enfance, ne pensait pas recroiser le chemin de son amour de jeunesse. Ni que cette rencontre inopinée raviverait les feux de la passion, et son cortège bien connu de retrouvailles et de séparations, d’engueulades et de réconciliations, de projets fous aussi fragiles que des châteaux de sable.

D.’emblée, on éprouve le sentiment désagréable d’être pris en otage, : la scène inaugurale (la mère de Mathieu hospitalisée en fin de vie) suscite l’émotion facile et place ainsi le spectateur dans un rapport affectif et compassionnel avec Mathieu (rien à  redire sur l’interprétation juste et nuancée d’Yvan Attal). Le film s’emploie par la suite à  représenter la déliquescence des liens fusionnels et destructeurs entre Mathieu, sombrant dans la folie destructrice, et Maya, fuyante et versatile, soumise et manipulatrice, semblant vouloir faire payer à  son amant sa fuite lâche naguère. Ces deux là  ne sont jamais synchrones, incapables de transformer leur histoire fantasmée en actes concrets et inscrits dans la réalité quotidienne. Outre les poncifs égrenés par le réalisateur de Feux rouges sur la passion amoureuse, le film bifurque assez vite vers le mouvement perpétuel et la répétition. En enlevant les séquences des chambres d’hôtel, des trains et des voitures, il ne semble plus rester grand-chose des Regrets, rendant justement inconsistante et, du coup, inintéressante cette love story entre un homme courant après les fantômes du passé et de l’enfance et une femme aux confins de la dépression (Valéria Bruni-Tedeschi, égale à  elle-même, soit jouant toujours le même rôle). La passion chez Cédric Kahn ne rend pas plus beau et intelligent, elle vous transforme en débile inconséquent et capricieux.

Alors oui ça bouge, ça crie, ça tempête et ça menace. Le seul hic, c’est que Cédric Kahn ne parvient jamais à  insuffler la moindre épaisseur à  ses personnages et donc à  nous y intéresser. Terriblement convenu, continuellement agité parce qu’incapable de creuser ses héros et de proposer quelque chose de nouveau sur le sujet, on trouve aussi aux Regrets un côté très †œbobo† et assez toc pour tout dire, : de l’usage du vélo au retour à  la campagne, du charabia autour du vin à  la fréquentation des hôtels de luxe (oui mais on garde sa voiture pourrie), tout cela sombre dans l’artificialité. Exactement la même qui caractérise les ersatz de sentiments qui unissent Maya et Mathieu, à  qui on ne peut vraiment pas pardonner de négliger sa douce et prévenante épouse.

Le plus étonnant est probablement de ne pas s’ennuyer en regardant Les Regrets, qui souvent agace, très rarement émeut ou touche. C.’est après tout assez logique au regard d’un film à  la nervosité incessante. Cédric Kahn s’arrête trop aux comportements de ses personnages et pas assez à  ce qui les motive et les ronge (la souffrance évoquée par Mathieu ne semble être qu’une vue de l’esprit, pas une réalité). Il devient ainsi prisonnier de sa mise en scène et le film finit par tourner en rond et à  vide.

Patrick Braganti

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Les Regrets
Film français de Cédric Kahn
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h45
Sortie : 2 Septembre 2009
Avec Valéria Bruni-Tedeschi, Yvan Attal, Arly Jover,…

La bande-annonce :

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