Le Dernier pour la route

19142810.jpgAdaptation du livre autobiographique de Hervé Chabalier (1), »Le Dernier pour la route » met en scène son combat contre l’alcoolisme. Récit intime, témoignage sincère et courageux d’un homme qui retrouve goût à  la vie »

Adapter au cinéma « Le Dernier pour la route » n’avait a priori rien d’évident ! Un thème difficile,, « l’alcoolisme » ou le risque pour un cinéaste de verser dans les lieux communs du misérabilisme ou de tomber dans un nombrilisme malsain, deux écueils que le metteur en scène, Philippe Godeau, a su éviter…
D.’emblée, »Le Dernier pour la route » inspiré du livre éponyme de Hervé Chabalier, grand reporter et directeur de l’agence de télévision Capa, s’avère un film à  la fois percutant et pudique, réaliste et métaphysique, offrant là  une puissante réflexion sur un brûlant sujet de société.
François Cluzet y interprète le rôle d’Hervé, homme influent des médias, entamant une cure de désintoxication dans un centre spécialisé, au bord du lac Léman. Là  durant plusieurs semaines, dans une grande maison noyée dans un cadre verdoyant et magnifique, il va côtoyer d’autres occupants, victimes du même mystérieux mal d’alcool qui les ronge.
Cette microsociété – qui prend souvent l’aspect de colonie de vacances – s’organise sous la houlette de thérapeutes bienveillants, s’impliquant pour écouter, réconforter les patients et les préparer à  un retour à  la vie harmonieux. Cependant, loin d’être un cocon, ce fragile univers se révèle très vite le réceptacle de sentiments haineux refoulés et de fréquents pétages de plomb.
Les visites familiales de la famille de Hervé, les nombreuses allusions à  sa dépression, les furtives escapades – alcoolisées – des occupants du centre de désintoxication, tout cela contribue dans le film à  accroître le climat étrange qui règne dans ce centre, symbole du temps suspendu au cours duquel une invisible épée de Damoclès plane sur chacune des brebis égarées.
l’on peut voir »Le Dernier pour la route » comme un film sur l’obsession, celle d’une passion malheureuse avec son corollaire, la chute – ou plutôt ici la rechute – Comme le Joueur de Dostoîevski, l’alcoolique n’est-il pas par excellence cet homme solitaire et malheureux qui préfère tout perdre plutôt que de renoncer à  son vice ! Et comme dans la chanson  » Poison Whiskey  » (Lynyrd Skynyrd), le docteur – incarnation de la société bienveillante – constitue le dernier garde-fou  »

Theyre gonna rush you down to see the doctor
The doctor gonna shake his head
The only thing hes gonna tell ya
Stop drinking Johnny Walkers red
Don’t drink poison whiskey, don’t you drink it boy

Rien ne distingue fondamentalement le personnage de Hervé – interprété avec grand talent par François Cluzet – des autres membres du groupe. Néanmoins, au cours de ce récit plutôt sobre et sombre, la personnalité de Hervé se dévoile : le personnage avait besoin de sa quotidienne  » dope  » d’alcool, pour se défoncer professionnellement .
En outre, le personnage de Hervé est issu d’un milieu nettement plus aisé que ses congénères. Le trait commun à  tous est bien mis en évidence dans le scénario du film : il s’agit de patients ne pouvant limiter leur ration d’alcool sans se mettre en danger.
A leur sortie du centre, comme des soldats, certains tomberont, d’autres se relèveront »Le Dernier pour la route, tout en suggérant les problèmes existentiels de chaque membre du groupe, renvoie à  une note d’espoir, comme si par la connaissance de son propre cheminement erratique, chacun pouvait retrouver foi en soi. A la fin du film, dans une épique scène qui a lieu dans une discothèque, le personnage de Hervé, jouant une carte décisive, triomphe enfin de ses démons.
Le Dernier pour la route est un film réaliste, avec d’excellents acteurs, offrant un fort climat. l’on signalera entre autres le grand jeu d’acteur de François Cluzet.

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Thierry de Fages

Le Dernier pour la route
Film français de Philippe Godeau
Genre : drame
Durée : 1 h 47
Sortie : 23 septembre 2009
Avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz, Eric Naggar…

(1) Hervé Chabalier est l’auteur d’un rapport sur la prévention et la lutte contre l’alcoolisme, intitulé Alcoolisme : le parler vrai, le parler simple, éditions Robert Laffont, 2005

La bande-annonce :

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