Je suis heureux que ma mère soit vivante

affiche_2.jpgDe la difficulté à  être un enfant abandonné, puis adopté, on ne peut évidemment douter. Situation par définition potentiellement douloureuse et conflictuelle, terreau propice à  tous les poncifs et à  tous les développements tire-larmes. Autant le confesser, nous allions découvrir Je suis heureux que ma mère soit vivante avec quelque appréhension, décuplée par l’estime moyenne dans laquelle nous tenons Claude Miller, médiocre formaliste à  la carrière en dents de scie, de laquelle nous sauvons notamment l’Effrontée (1985) et La Classe de neige (1998). Le choix est volontairement arbitraire tant il vise à  sortir du lot les longs-métrages emblématiques de la thématique récurrente du réalisateur de La Petite Lili, à  savoir l’enfance, poussée jusqu’à  l’adolescence, meurtrie et désorientée, éprouvant de grandes difficultés à  trouver sa place.

En ce sens, Thomas appartient à  la même catégorie de personnages que furent Charlotte, l’ado de treize ans écartelée, et Nicolas, enfant grave, fragile et perturbé par ses cauchemars et ses visions. Le traumatisme de Thomas s’ancre davantage dans la réalité la plus sordide et la plus cruelle, : abandonné à  l’âge de cinq ans avec son frère Patrick, plus jeune, adopté par un couple, il ne réussit jamais à  oublier celle qui leur a tourné le dos. A l’inverse de son cadet rebaptisé François, trop petit à  l’époque pour conserver le moindre souvenir et exprimant son indifférence totale, Thomas est tellement hanté que, devenu jeune homme, il décide de retrouver Julie, sa mère biologique.

En s’adjoignant la collaboration de son fils Nathan, Claude Miller gagne en sobriété et en maîtrise en proposant un film admirablement construit sur différentes temporalités, : Thomas enfant, adolescent puis presque adulte. Les flashbacks ne tendent pas ici à  expliquer quoi que ce soit, ni à  porter une appréciation, mais à  nous faire percevoir les sentiments de Thomas, qui doivent autant au fantasme qu’à  l’idéalisation. Les retrouvailles se déroulent dans un climat étrange, un rapport se noue entre Thomas et sa mère qui n’est guère filial. Etrangers l’un à  l’autre, ils se mesurent, : Julie intriguée par ce grand et beau garçon et Thomas incapable de poser la question essentielle – pourquoi ai-je été abandonné, ? La tension est de plus en plus palpable, seul signe extérieur de la violence psychologique qui ravage le jeune homme.

Inspiré d’un fait réel, qui lui-même servit de base à  un article écrit par Emmanuel Carrère, Je suis heureux que ma mère soit vivante déjoue tous les écueils lacrymaux en optant pour l’épure et l’absence totale de psychologie. Les Miller suivent leur héros de la même manière que les Dardenne, : dans l’action et le mouvement, jamais dans une sensiblerie affectée. Sans jamais apporter le moindre jugement, le film atteint à  une grâce bouleversante, mais nous plonge également dans une tristesse poisseuse, en n’édulcorant aucune conséquence d’une enfance brisée. Le comédien Vincent Rottiers, déjà  remarqué dans Le Passager, exprime sobrement par ses yeux bleus glacés la détresse de son personnage en train de sombrer.

Réalisé par un père et son fils, Je suis heureux que ma mère soit vivante laisse (volontairement, ?) de côté les hommes. Le vrai père de Thomas est à  peine évoqué, tandis que celui qui l’adopte, malmené et fragile, tombe dans une dépression interminable. Le parcours de Thomas sera semé d’embûches pour parvenir à  la libération et à  la délivrance d’un fardeau inoubliable. Il n’en sera que plus touchant parce que judicieusement dégraissé de tout chichi. Une sécheresse qui sied à  la perfection à  ce film très fort, étonnant et d’une force vitale salvatrice.

Patrick Braganti

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Je suis heureux que ma mère soit vivante
Film français de Claude et Nathan Miller
Genre : Drame
Durée : 1h30
Sortie : 30 Septembre 2009
Avec Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti,…

La bande-annonce :

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