La Vida Loca

affiche_1.jpgNe tombons pas dans ce cliché terrible et si loin de notre perspective, qui consisterait à  faire l’apologie du courage artistique dans une complaisance malsaine. Que Christian Poveda y ait laissé sa peau ne change en rien les qualités et les défauts de La Vida Loca. Le film , contient les deux, d’ailleurs souvent les mêmes dans ce domaine du reportage brut : l’ensemble est admirablement tourné, chaque seconde est une plongée dans le danger qui guette, mais d’un autre point de vue, on se demandera pour la énième fois ce qu’un tel témoignage peut apporter au monde informé, que nous sommes, tout à  fait conscients de l’insupportable violence de ce monde injuste qui ne nous touche jamais.

Que le film nous le rappelle, en nous le pointant du doigt et n’ait pas peur de dire, à  juste titre d’ailleurs, que c’est aux plus démunis que l’on prend le plus, est une démarche convaincante. Mais Christian Poveda ne se départit pas de ces tics de cinéma brut, parfois guère éloignés d’un certain voyeurisme ; c’est le but car plus l’on tape fort, plus l’on convainc et l’on réveille les esprits endormis dans leurs confortables cocons matériels. Mais saisir cet enfer indigne n’engage pas plus que le réalisateur et son équipe technique. Réveiller les consciences réveille-t-il les consciences actives? Pas sûr. On ne peut pas reprocher au film d’appartenir à  cette lignée de reportage à  sec, filmé dans la rugosité du quotidien comme on boit un verre d’alcool. Mais on peut, éternellement, remettre en question ce pouvoir supposé du regard objectif à  partir du moment où il n’est pleinement compréhensible que par les gens directement touchés par ces problématiques. La gangrène des pays, l’oeil posé sur les plus pauvres, cette concision à  la fois essentielle et pénible sur la vie et la mort, l’absurdité qui retentit à  l’écoute d’un coup de feu qui explose par surprise.

Le monde va mal, et cette oeuvre pessimiste finit par conclure que ces systèmes sont irréversibles. A coup sûr, la démence qui a atteint tous ces pays (par les gangs ou par autre chose, la police, les institutions, la traîtrise des belles paroles humanistes du monde politique), prouve qu’il est déjà  trop tard. On n’a plus qu’à  tenir jusqu’au bout, avaler ce qui ne peut l’être, ouvrir grand les yeux sur l’indicible, le moche, l’insupportable. Des corps criblés de balles au bord des caniveaux, des putes à  deux sous qui trémoussent leur chair pathétique, des gens sans vie, sans passion, sans possible, sans rêve, à  qui l’on offre comme seul cadeau le pouvoir du plus fort au bout d’une gâchette. Sans jamais avoir le choix. C’est indéniable, le reportage est fort, prenant, profondément humaniste, et l’on doit un sincère respect à  Christian Poveda d’avoir su en saisir de front les ambigüités et les surréalistes engrenages. Ni plus ni moins qu’un autre, son documentaire possède la force du travail bien fait et engagé, qui regarde droit dans les yeux des victimes du hasard en train de cramer vives sous nos yeux éberlués, impuissants. Et honteux.

Jean-Baptiste Doulcet

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La Vida Loca
Film mexicain, français, espagnol de Christian Poveda
Genre : Documentaire
Durée : 1h30
Sortie : 30 Septembre 2009

La bande-annonce :

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