Mères et filles

affiche_8.jpgIl n’est pas inconcevable d’attribuer un public spécifique à  un film. C.’est d’ailleurs une des règles de base mises en pratique par ceux en charge de promouvoir le cinéma aujourd’hui. On peut regretter à  juste titre cette catégorisation, qui enferme par contrecoup le spectateur dans un carcan ou un système de pensée prémâché. Avec de telles politiques, on n’est pas prêt d’ouvrir les yeux et d’élargir les horizons d’un public de plus en plus frileux, de moins en moins curieux, se précipitant sur le film le plus médiatisé du moment. On anticipe avec une frayeur nullement feinte la prochaine déferlante médiatique à  propos du nouveau Jean-Pierre Jeunet et on a déjà  vu ici et là  une bande-annonce du biopic consacré à  Gainsbourg. Outre qu’elle ne s’arrête jamais et donne l’impression d’un emballement irrépressible, la machine commerciale cible pour chaque film un public précis et identifié, minimisant tout effet de surprise et garantissant une réception critique, voire publique, à  peu près prévisible.

C.’est réellement la sensation principale qui transparaît en voyant Mères et filles, troisième long-métrage de Julie Lopes-Curval. De par son sujet et sa facture, ce film semble s’adresser avant tout aux femmes, qu’elles soient mères ou filles. Sujet articulé autour de la trajectoire de trois femmes, : Louise la grand-mère qui a quitté le foyer en abandonnant ses enfants, Martine sa fille qui ne lui a jamais pardonné et s’est construite contre elle en devenant une femme dure et sèche, elle-même mère d’Audrey, jeune femme exilée à  Toronto, hantée par le passé et l’histoire de cette disparition mystérieuse et demeurée inexpliquée. A l’occasion d’un retour en France pour des vacances chez ses parents, Audrey déterre le passé.

Mères et filles déploie en effet un beau thème, même s’il n’est guère nouveau. Le poids de la famille, l’importance des racines et la relation entre mère et fille. Les femmes qui nous sont montrées ici se singularisent par leur rigidité, leur sécheresse et leur incapacité à  se parler, arc-boutées sur leurs positions, incapables d’écouter l’autre. Louise, traitée ici comme un fantôme aux apparitions vraiment mal maîtrisées, exprime la soumission à  un mari autoritaire, refusant à  son épouse la moindre velléité d’indépendance. C.’est encore l’époque où une femme a besoin de l’autorisation de son mari pour ouvrir un compte en banque. Farouchement indépendante, ayant pris en horreur une mère qui lui faisait honte, Martine est devenue médecin, en s’emmurant dans une attitude autocratique dont son entourage (mari, frère et fille) constitue la principale victime. Visiblement, la communication passe mal entre Martine et Audrey. Cette dernière, belle jeune femme à  la voix frêle et à  la volonté mal assurée, semble guetter l’approbation perpétuelle de Martine, qui la rejette et la houspille. Face à  ces femmes, les deux hommes de la famille sont animés à  l’inverse par davantage de sentiments qui les rendent humains et attachants. Car, à  force de vouloir mettre en scène une société qui fut stricte et rigidifiée, puis claquemurée dans ses positions, la réalisatrice de Bord de mer recouvre son film d’un apprêt qui l’amidonne et tue toute possibilité d’émotion. Ce parti-pris en soi intéressant finit néanmoins par se retourner contre elle puisqu’au final Mères et filles sent bon la naphtaline, en promouvant une idée plutôt surannée du cinéma.

En 2006, en mettant lui aussi en scène trois générations de femmes et en faisant resurgir du passé un fantôme, Pedro Almodóvar signait avec Volver un chef-d’oeuvre. Nous en sommes bien éloignés, : les apparitions de Louise transpirent l’artificialité, paraissant seulement justifiées pour imposer Marie-Josée Croze (et la participation financière du Québec, ?). A part lors de quelques scènes de repas, l’incarnation fait cruellement défaut au film, ; les échanges entre Martine et Audrey autour d’une tasse de thé, par exemple, sonnent faux et la conviction ne semble pas avoir touché Marina Hands qui donne l’impression d’ânonner son texte, pour partie en anglais.

La volonté de sobriété annihile toute éventualité d’inventivité et tout élan d’émotion. Le partage des critiques entre avis positifs féminins et opinions neutres ou négatives masculines confirme le postulat, : il faut être mère et/ou fille pour trouver un minimum d’intérêt à  ce film sage et appliqué.

Patrick Braganti

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Mères et filles
Film français de Julie Lopes-Curval
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h45
Sortie : 7 Octobre 2009
Avec Catherine Deneuve, Marina Hands, Marie-Josée Croze, …

La bande-annonce :

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