Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé

Mangez_le_si_vous_voulez.jpgLe mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, se rend à  la foire de Hautefaye. Il arrive à  destination à  quatorze heures » Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé !

Incroyable histoire que celle de Mangez-le si vous voulez ! Ecrite dans un style imagé et plein de verve, elle s’inspire de faits réels. Dans ce court roman, l’auteur Jean Teulé, comme dans un documentaire fiction, suit les traces de ce personnage maudit (Alain de Monéys) à  cette foire de Hautefaye. Avant que nous soyons projetés dans un épique naturalisme des plus gore, le récit de Teulé débute en toute nonchalance.
En effet, Alain de Monéys a tout du bon zig serviable, philanthrope et bon patriote. (Exempté d’office pour sa faible constitution, il exige d’intégrer l’armée qu’il s’apprête à  rejoindre.) Elu municipal tout frais, il plaisante même pendant le trajet jusqu’à  la foire avec ses amis paysans dont certains seront parmi ses futurs bourreaux.

C.’est un absurde quiproquo – digne d’un dialogue à  la Ionesco – qui scelle le tragique destin du jeune Périgourdin :
– Eh bien, mes amis que se passe-t-il ? »
– C.’est votre cousin, explique un colporteur. Il a crié :  » Vive la Prusse !  »
– Pourquoi pas  » A bas la France !  » ?
– Qu.’est-ce que vous venez de dire, vous ?
-Quoi ?
-Vous avez dit  » A bas la France «  »
-Hein ? Mais non !
-Si vous l’avez dit ! Vous avez dit  » A bas la France « .

Le ver est dans le fruit. La suite n’est plus qu’une longue descente aux enfers pour le pauvre Alain de Monéys, accusé d’être un Prussien. Le parfait bouc émissaire ! En fait, le manque d’eau, la raréfaction du maîs, des haricots et des noix, l’état de fatigue générale de toute une bourgade affamée, tout cela s’ajoute au ressentiment contre la Prusse.
Victime expiatoire désignée, assimilée par la populace hystéro destroy au fameux Lébérou – monstre légendaire du Périgord condamné par maléfice à  errer dans les montagnes – Alain de Monéys expire finalement sur un bûcher improvisé après de longues heures de sévices et de tortures.
Comme l’écrit Stanley Milgram (1),  » ce n’est pas tant la qualité de l’être qui détermine ses actes que le genre de situation dans lequel il est placé « . l’Histoire ne donne-t-elle pas d’innombrables exemples d’individus pouvant se comporter comme la pire des bêtes ? Dans son Histoire de la violence, Jean-Claude Chesnais formulait d’intéressantes pistes pour appréhender ce phénomène (2).
Mangez-le si vous voulez est un percutant roman, tragiquement universel »
(1) Soumission à  l’autorité, Stanley Milgram, éditions Calmann-Levy,1984
(2) Histoire de la violence, Jean-Claude Chesnais, éditions Robert Laffont, collection  » Les hommes et l’histoire  » 1981

Thierry de Fages

4.gif

Mangez-le si vous voulez
de Jean Teulé
éditions Julliard
129 pages – 17 euros
Parution : 2009

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *