Le Prédicateur, de Camilla Läckberg

le_predicateur.jpgAuteure de plusieurs romans noirs, la Suédoise Camilla Läckberg signe avec Le Prédicateur [Predikanten, 2004] un livre haletant, à  l’intrigue aussi étrange que ses personnages »

Après l’excellent La Princesse des glaces [Actes Sud, 2008] l’on peut lire Le Prédicateur, un roman tout aussi accrocheur ayant pour cadre Fjällbacka, le même petit port – apparemment – paisible de la côte ouest suédoise. l’on y retrouve l’inspecteur Patrick Hedström et sa compagne la romancière Erica Falck confrontés à  une nouvelle énigme particulièrement difficile à  résoudre : le meurtre de plusieurs femmes dont les squelettes sont retrouvés à  proximité d’une plage, en pleine période estivale.

La disparition d’une jeune Allemande en vacances dans un camping des environs de Fjällbacka et l’identification de deux des trois cadavres comme ceux de deux jeunes femmes disparues vingt-quatre ans plus tôt viennent compliquer l’affaire. Dans une langue à  la fois simple et familière, Camilla Läckberg fait apparaître anciens et nouveaux personnages mêlant avec talent récit anecdotique bon enfant et dramaturgie scabreuse parfois théâtrale.

En cet été caniculaire, Hedström et ses collaborateurs sont confrontés au cours de leur enquête à  la très étrange famille Hult sur laquelle plane l’ombre d’un mystérieux suicide. En outre, chacun de ses membres renvoie à  une piste sur la disparition des filles. l’enquête de l’inspecteur l’amène à  fouiller dans l’histoire de cette famille, caractérisée par un passé glorieux de guérisseurs, terni par la mauvaise réputation d’Ephraîm Hult, considéré dans la région comme un charlatan.

Le Prédicateur, comme La Princesse des glaces, est un polar très prenant. On est frappés par l’enchaînement rapide des situations et le suspense sans cesse renouvelé de la prose de Läckberg, qui mêle encore une fois à  son livre intimisme, fine psychologie et une pointe d’irrationnel ! Dans Le Prédicateur, comme dans les autres livres de Läckberg, la vie privée des personnages n’est ni secondaire ni anecdotique : elle se mélange harmonieusement à  l’enquête, palpitante, lui offrant toute son humanité. Dans Le Prédicateur, l’auteure met l’accent sur le fait qu’Erica attend un heureux événement, et qu’elle est constamment dérangée par des parasites qui convoitent sa belle villa. (Erica Falck est une romancière riche et jalousée.)

Quant à  Patrick Hedström, il est, mis à  part son flair extraordinaire, le type même du flic ordinaire : sans imper, sans lunettes noires, celui qui mange, qui boit, qui a une auto et des petits problèmes comme tout le monde. En cela Läckberg se rapproche des autres grands auteurs du polar nordique, créant une sorte d’inspecteur global tout à  fait convaincant – la limite entre vie privée et publique devient floue. Et l’on songera à  l’inspecteur Erlendur de l’Islandais Arnaldur Indridason ou à  l’inspectrice Maria Kallio de la Finlandaise Leena Lehtolainen, autres symboles universels de la littérature policière nordique.

Thierry de Fages

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Le Prédicateur
De Camilla Läckberg
Roman traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus
Editions Actes Sud, série  » actes noirs  »
375 pages – 22 euros
Parution : 2009

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