Au voleur

affiche_12.jpgOn récrimine suffisamment contre le manque d’audace et les formes convenues du cinéma français pour ne pas pointer du doigt un film – qui plus est premier – épatant et étonnant, abordant un univers somme toute pas aussi fréquenté par ici et des chemins buissonniers encore moins empruntés. Pour ce qui est de l’univers, Au voleur, premier long-métrage donc de Sarah Leonor, n’est pas sans rappeler celui dans lequel se construisait Adieu Gary, autre oeuvre initiale. En effet, de la même manière, nous avons affaire à  une communauté de gens modestes, presque en marge, essayant de se maintenir la tête hors de l’eau, bien loin des métropoles. Quelque part en Alsace, Isabelle fait un remplacement comme prof d’allemand et rencontre Bruno, un voleur à  la petite semaine, pas bien méchant et agissant en solitaire. A leurs côtés, des personnages secondaires comme Manu, un ami de Bruno, juste sorti de prison où il a appris la menuiserie dont il espère faire à  présent son métier, ainsi qu’Ali, un jeune qui bascule petit à  petit dans la délinquance, tout en cherchant les conseils et la protection de Bruno.

La première partie du film capte des instants de vie et les recettes de chacun pour survivre et affronter les aléas de la vie. Mais une succession de mauvaises circonstances entraîne Bruno et Isabelle dans une cavale qui, outre qu’elle se resserre exclusivement sur les deux protagonistes, opère aussi un changement total de registre. Au voleur se transforme en une fuite au sein d’une nature sauvage, le plus souvent en barque, durant laquelle les deux jeunes gens renouent avec une existence primitive comme un retour aux sources et un éloignement de la civilisation. Cette immersion naturaliste appelle pour le coup d’autres illustres références qui dépassent largement le cadre national. On pense bien sûr à  l’échappée élégiaque du couple de La Balade sauvage (Terrence Malick en 1974), mais aussi à  l’incursion mystique de deux amants dans Tropical Malady (Apichatpong Weerasethakul en 2004) ou encore l’évaporation toute aussi surnaturelle d’une aide-soignante et de son vieux patient dans La Forêt de Mogari (Naomi Kawase en 2007). Comme les films précités, Au voleur installe une atmosphère mystérieuse et onirique, où deux êtres unis par leur amour finissent par faire corps avec une nature luxuriante qui semble les apaiser et les sublimer. Même leur halte un soir de feux de la Saint-Jean revêt un aspect étrange, multiplié par le décor fantastique d’une usine désaffectée.

Ambitieux dans ses choix de mise en scène et de photographie, avec la prééminence des tons bleus pour la ville et verts pour la nature, bénéficiant d’une interprétation magistrale (la trop rare et toujours fine Florence Loiret-Caille joue à  égalité avec un Guillaume Depardieu magnétique et sobre), Au voleur est une oeuvre singulière et déroutante, entremêlant avec brio stylisation formelle et naturalisme foisonnant, sans la dimension panthéiste qui l’accompagne souvent. Sa poésie et son originalité audacieuse en font un film précieux et séduisant, sensuel et instinctif. Une grande réussite.

Patrick Braganti

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Au voleur
Film français de Sarah Leonor
Genre : Drame
Durée : 1h40
Sortie : 30 Septembre 2009
Avec Guillaume Depardieu, Florence Loiret-Caille, Jacques Nolot,…

La bande-annonce :

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