Dirty Projectors – Bitte Orca

DirtyProjectors_BitteOrca.jpgBitte Orca est sans doute l’album qui m’aura fait le plus prendre de retards dans mes chroniques. Longtemps, dans les productions musicales du moment, que je n’avais plus été remis en question comme auditeur, au point de ce que vient de proposer ce Bitte Orca.

En fait, ça a commencé par un Twit, de @Withoutmyhat/aka Olivier Combes, par ailleurs chroniqueur pour notre vénérable webzine. Ca devait donner quelque chose comme »Dirty projectors, non mais alors non ça va pas du tout » ou un truc du genre. Et moi de me dire… ah ben si Olivier le pense alors…. (on a souvent le réflexe solidaire entre benzineux). Et c’est vrai que la première écoute de l’album du duo de Brooklyn (encore Brooklyn…), emmené par Dave Longstreth et Amber Coffman ne m’a pas fait une forte impression lors de son passage dans le lecteur. La voix de Longstreth, qui hésite souvent entre Jeff Buckley, la normalité et Anthony est pour le moins… agaçante lors d’une écoute du matin, du genre de celles où on se rend, pas encore bien réveillé, au turbin (enfin quand on a la chance d’en avoir un). J’étais prêt à  me ranger à  l’opinion d’Oliver… Mais je reste vraiment rarement sur une première impression d’écoute.

Second passage le même jour, sur le chemin du retour. Et là  claque! Est-ce le volume poussé un peu plus haut qui me fait détailler toutes les subtilités sonores de cet album peaufiné? Est-ce l’esprit percuté à  la dose de caféine quotidienne qui est plus apte à  réfléchir et être sollicité? Toujours est-il que ce qu’il convient d’appeler la huitième parution du groupe (LP et EP confondus) est venu me faire comme la claque du quidam dans une pub Fisherman. Ouauw. Attention OVNI. Attention album qui divise. Chic. Chic enfin du pas lisse.

C’est que la formation dont je lis qu’elle s’est attirée les faveurs de Björk et David Byrne bouscule les certitudes de l’auditeur. Nouveau ou juste récup? Pop ou arty? Rock ou Soul? Rock ou électro? Bien ou bon à  jeter? Quand je commence à  me poser ce genre de questions, et quelle que soit l’issue finale de jury d’assises neuronales, j’aime la passe d’armes que je suis en train de faire. Bitte orca est sans doute l’album estival que j’aurai le plus écouté cet automne. Et le verdict est que je surkiffe!

A l’instar de son titre obscur mais qui sonne bien… Bitte orca peut être défini de la même façon. Mettons qu’on aurait là  (la voix un peu étrange de son frontman en moins) l’album pop haut la main, de l’année, mais qu’un génie malin se serait plu à  nous le livrer en vrac, pour s’assurer d’un succès moins populaire et obliger les vrais amis à  creuser sous la première couche dubitative. Imaginons de bons titres de Sonic Youth, Phoenix, Jeff Buckley, ,µ-Ziq et Björk dont quelque producteur bourré se serait amusé à  déplacer la ligne de basse de l’un pour la glisser sous les claps électroniques de l’autre, saboter une mélodie imparable à  coup de Bitte Orca, puis se trouver très loufoque en enlevant la basse, ne laisser que la langoureuse ligne de chant suave sur ce qui aurait été un titre soul référent, mettre de gros coups de basse saturée sur un titre de rock pourléché etc.

On a ici la matière à  trois albums. Trois tyes d’albums. Mis ensemble sous une même pochette et remué énergiquement au shaker. Un blip entêtant ici, un riff qui pète par là , une mélodie qu’on fredonne au milieu. Mais rien ne semble vraiment à  sa place, comme dans une armoire Ikea montée par votre serviteur un weekend de fatigue. Les chansons n’hésitent pas à  partir en demi tour au milieu, changement de rythme, de mélodie et de tempo, pour inventer une nouvelle fin tubesque à  un début hymnique. D’autres apparaissent comme des ossatures façon démo qu’on ne se serait pas donné la peine de terminer, tandis que sur telle autre, on crie au génie avant que le bonhomme nous sorte une vieille voix suraiguë qu’il aurait mieux fait de laisser à  son acolyte féminine qu’on croirait elle toute droite sortie des islandaises Amiina.

On ne se repose jamais sur ses acquis au fil de cet album qui est aussi déroutant que fascinant. Et on se rend compte, un peu plus à  chaque passage, que cette création légo de savant fou dans le lecteur, qu’elle gagne en proximité, en ampleur, en séduction, à  chaque passage. Bitte Orca surbute. Ce n’est pas vraiment ce que j’aurais eu envie de conclure, mais ça sonnait bien. Et puis écrire n’importe quoi qui ressemble de près ou de loin à  une chronique torchée… c’est peut-être la meilleure façon de le décrire l’album. Pour le reste, rendez-vous dans le lecteur audio.

Denis Verloes

4.gif

Tracklist
01″Cannibal Resource » – 3:55
02″Temecula Sunrise » – 5:05
03″The Bride » – 2:49
04″Stillness Is the Move » – 5:14
05″Two Doves » – 3:42
06″Useful Chamber » – 6:28
07″No Intention » – 4:17
08″Remade Horizon » – 3:55
09″Fluorescent Half Dome » – 5:45

Date de sortie: 9 juin 2009
Label: Domino / Pias

Plus+
L’espace Myspace

Les vidéos via Google

La vidéo de Stillness is the move via Youtube

Envie de partager :

2 thoughts on “Dirty Projectors – Bitte Orca

  1. A la première écoute, on peut en effet se dire qu’il y a quelque chose. Mais la deuxième écoute, étouffante, entraîne le rejet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *