Jaoara – Tempo unico

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Des fois, avec le temps qu’on passe sur cette planète, y’a des gens qu’on connait qui se mettent à  faire des disques. Ca commence souvent avec un CD-R qu’on reçoit au boulot style »tiens toi qui a un blog, je fais un peu de zique ça peut t’intéresser ». Ca se poursuit par un sourire géné style »ah ouais ben je vais écouter ça et je te dirai hein promis. Mais m’en veux pas copain, j’ai un retard de fou dans mes chroniques hein ».

Avec Jaoara ca a commencé comme ça. Un collègue, devenu ami depuis, graphiste de son état dans la meilleure société de has been de la sonnerie sur portables, qui file un CD-R avec la mention super vendeuse »Ouais je fais ça avec des potes, on chante en portugais ». Le copain,,  s’appelle Victor Da Costa Marques. Il a grandi en région parisienne, de parents lusophones. Et son CD-R qu’à  l’époque je n’avais fait qu’évoquer ici pour cause de non diffusion, « dans le monde » a fait les belles heures de l’association Cap Magellan et de la radio Alfa de Créteil. En parallèle de son licenciement de ladite société qui nous hébergeait, il a emmené quelques amis faire un petit tour en studio pour sortir un second essai, avec une qualité et une ambition plus professionnelle. Quant au résultat. Hé bien je ne suis même pas obligé de feindre le petit sourire de politesse. Tempo unico est un chouette chouette disque.

Un chouette chouette disque, parce qu’on n’arrive pas à  le ranger dans une vraie case. C’est de la pop? Euh oui, mais vous en avez vous des références pop portugaises? Parce que moi, je dois reconnaître je suis un peu à  la ramasse en lusophonie musicale contemporaine. En même temps si c’était de la pop portugaise, emmenée par un beau gosse, sa soeur Alexandra da Costa (Choeurs & Lead) et un Eugenio de Jesus (Basse), habiteraient-ils en région parisienne, emmèneraient-ils un guitariste additionnel italien de Les Pavillons sous bois, un siffleur polonais de Ris Orangis, et encore un autre guitariste dont l’accent sent bon le pruneau d’Agen du 11e arrdt, entre autres? Ah on voulait l’Europe, on est pas dans la merde après pour les sentiments d’identité nationale. Jaora chante Tempo Unico en portugais, j’y entrave rien; pourtant je suis persuadé de ne pas écouter un album de World exotique.

Pas de world ni de musique brésilienne ici. Certes, mais ils ne cherchent pas non plus à  gommer leur origine familiale. Il y a dans l’album des références à  la musique de l’ouest de la péninsule ibérique. Comment je le sais? Parce que Caixinha de ardor par exemple, à  l’exception de sa voix primesautière, n’aurait pas dépareillé sur un Madredeus. Ca sent l’Histoire, ça sent le rafraîchissement de classiques, et ça me plait, parce que ça me fait voyager un peu, mais pas en terre inconnue. D’ailleurs il n’y a pas que cette constante géographique dans tempo unico. C’est en fait finalement un peu juste comme sa signature, le chant en Portugais.

Tempo unico balance aussi du rock comme on en trouve sur les BO de Tarantino, et l’introductif Arrepios dans lequel j’aurais bien vu apparaître Michael Madsen un scalpel à  la main, en est l’exemple le plus flagrant. Il y a une bordée de chansons pour scènes d’hôtel enfumées des volutes bleutées de cigarettes, où c’est un bonhomme bien peigné,  au Pento qui déboulerait en lieu et place de la sculpturale pin up en lamé rouge qu’on aurait imaginé prendre possession de l’espace devant le piano. Il y a aussi un guitariste qui aime Pavement mais ne s’en est jamais rendu compte, et dont on sait qu’il aurait aimé prendre la place de Richard Hawley dans les Longpigs (espérons qu’il finisse aussi bien). Un autre qui raffole des rifs de Noël Gallagher, ca s’entend quand Jaoara accélère. Il y a des passages langoureux où le piano et le violon se taillent la part du lion, et qu’on dirait comme des cartes postales nostalgiques de l’ambiance du terroir. Voix féminine sur voix masculine, ce genre d’ambiance dramatique dont ont était persuadé jusqu’ici que seuls les Irlandais de New York ou Christian More étaient capables de le délivrer. Ce genre de passages où notre douce moitié se plairait bien aussi à  dire: »Il est célibataire encore Victor« ? parce qu’il frôle parfois cette limite ténue entre la mélancolie et le poétic loverisme l’ami Victor. Tendance qui serait un mauvais choix tactique et dans lequel il finit par ne pas tomber, de justesse.

Au final on dévore ce tempo unico, avec la fierté qu’on peut avoir pour ses amis, mais pas uniquement. En oubliant qu’on en comprend pas une ligne, en préférant les passages les plus rythmés à  ceux langoureux qui font se pâmer les dames. Et on voyage en restant sur place, comme dans la vie de Bohème de Kaurismaki, quand l’héroîne reste sur place et q’une ombre de carton figure le train qui s’enfuit, passant des pubs enfumés d’Albion, au piano bar de,  l’hôtel de Twin Peaks avec retour au Pop In avant arrivée du train sous le pont de Lisbonne. Une chouette chouette perle que ce Tempo Unico. Um album muito legal comme ils diraient de l’autre côté de l’Atlantique.

Denis Verloes

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Tracklist

01. Arrepios
02. Cor celta
03. Deixo
04. Caixinha de ardor
05. Calo entà£o
06. O nosso segredo
07. E mesmo assim
08. Com frenesim
09. Nos duas
10. Saudade
11. Lua
12. Solidà£o
13. Tempo unico

Label: Eva / Zimbalam (itunes, virginmega, Fnacmusic, Nokiamusic, Napster, Musiwave, Emusic, Rhapsody, vidzone, amazon.com)
Date de sortie: 19 octobre 2009

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