Frédéric Schiffter – Délectations moroses

39GUTT_2828880_2_apx_470__w_ouestfrance_.jpg

Philosopher à  l’aube du 21ème siècle a-t-il encore un sens ? Frédéric Schiffter en fait une proposition délectable, comme l’indique son titre. L’ouvrage n’est composé que de courts paragraphes : aphorismes, pensées, maximes et petites anecdotiques d’un quotidien que notre chroniqueur intellectuel se charge surtout de critiquer et d’égratigner.

Témoin de notre contemporain quelque peu dissolu, Schiffter pratique également avec un savoir-faire étonnant l’auto-flagellation. Entre mauvaise foi, irascibilité hargneuse (comme un Jean-Pierre Bacri qui se mettrait à  la littérature) et consternation pessimiste, Délectations moroses propose, au gré de sa petite centaine de pages, des saillies souvent drôles sur l’environnement plutôt doré voire argenté (l’auteur vit à  Biarritz, un »hospice humide pour tous les âges ») et sur son existence même, comme un philosophe qui revient sur son oeuvre qu’il juge ratée ou insatisfaisante.

L’ensemble se lit d’une traite même si le mieux, pour savourer les dires de Schiffter, reste de laisser cet ouvrage traîner dans votre lieu de vie et d’y picorer, pendant quelques minutes, au hasard des pages, quelques savoureuses phrases et déguster des vérités méchantes, une petite pique à  l’encontre de gens connus et nommés (l’auteur n’a pas peur des représailles…), et des moments fulgurants pour »les amateurs de pensées tristes ».
Un avant-goût de ces pensées moroses ? »Le bonheur, ce petit linge sale que les humains brandissent comme un étendard au bout de leur désir ». Allez, un autre : »La voix de Luc Ferry, ce matin à  la radio. Une petite musique de robinet d’eau tiède – dans la tonalité de sa pensée » Et puis une dernière : »J’aurai réussi une oeuvre quand mon nom servira à  désigner une pathologie mentale ».

En ce temps de frilosité sociale générale, les mots du »philosophe le moins lu de France » selon l’auteur, dynamitent tout sur leur passage, et font de ce précis de pensée futile et de fausse vacuité, un parfait antidote à  presque tout ce qui nous emmerde.

Jean-François Lahorgue

4.gif

Editions du Dilettante
96 pages, 12 €¬
Date de parution : septembre 2009.

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *