L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

affiche_7.jpgSur les traces d’un mystère entêtant, Serge Bromberg signe une enquête passionnante sur le tournage d’un film maudit et dont les allures obsessionnelles vinrent entacher le cerveau en ébullition de Henri-Georges Clouzot, créateur et victime d’une oeuvre qui le mènera jusqu’à  sa propre folie. Connu pour être l’un des plus grands restaurateurs de très vieux films, Serge Bromberg entame une intéressante exploration du pouvoir documentaire : celui-ci est à  la fois la mémoire d’un patrimoine partiellement disparu, mais aussi la retraduction littérale d’un film contemporain précédant de nombreuses tentatives artistiques qui virent le jour des années plus tard sans jamais atteindre cette audace et cette puissance.

Il n’est pas vraiment d’autre mise en scène que cette plongée dans les archives de ce qui aurait pu être une révolution ultime dans le cinéma français. Serge Bromberg ne fait que rassembler les extraits retrouvés d’un film qu’il remonte par pistes et indices, comme dans un thriller où l’enquêteur tente de savoir ce qui est arrivé à  la victime et qui était, au fond, le meurtrier. Le rythme haletant favorise une construction sur la déchéance puis l’apothéose ; apothéose du mouvement, de la couleur, du son.

Et le documentaire de revenir aux racines même de ce projet fou en s’attardant dans ses plus précieux détails. Agrémentée de commentaires au présent de l’équipe technique, l’enquête s’engage dans une délicate remise en scène du film pour en saisir l’essence et l’intention première de Clouzot. L’efficacité du découpage face à  ces images abstraites et inédites font du récit que tisse Serge Bromberg une véritable séance privée d’un film inachevé et égaré. Sa mise en image frontale, totalement folle dans sa création d’espaces sonores et visuels, donne à  voir une oeuvre sombre et totalement hallucinatoire, proche de la véritable démence. On y voit l’art qu’avait Clouzot de saisir un thème par la seule force d’un plan et par le choix d’acteurs dont l’érotisme sauvage semble encore tabou pour notre époque. Voilà  ce que propose de retraduire L’Enfer de Serge Bromberg et Ruxandra Medea : il s’accapare avec respect de l’ébauche ravagée d’un illuminé dont la beauté réside justement dans le jusqu’au-boutisme, et dans la manière dont l’art l’a emporté dans les profondeurs de la création pour ne jamais en ressortir. Un portrait acide, excitant, étonnant.

Jean-Baptiste Doulcet

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L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot
Film français de Serge Bromberg et Ruxandra Medea
Genre : Documentaire, drame
Durée : 1h34
Sortie : 11 Novembre 2009
Avec Romy Schneider, Serge Reggiani, Bérénice Bejo,…

La bande-annonce :

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One thought on “L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot

  1. Serge Bronberg réussit à faire un long-métrage (lui !) répétitif et raccoleur, à partir d’éléments dignes d’un court ou d’un moyen-métrage (si on est tolérant) : images en boucle, voix-off à la « TF1 », redites permanentes…
    Question subsidiaire : qui empoche les recettes sur ce film : la famille Clouzot ou la société qui a récupéré les images perdues ? Vaste question, que l’on peut émettre aussi pour « This is it »…

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