Exit le fantôme, de Philip Roth

Exit_le_fantome.jpgNathan Zuckerman sent sa fin proche. Reclus dans une villa paisible loin de New York, la ville de sa vie, il revient néanmoins vers cette dernière pour une opération de la prostate. Mais il y retrouve également une ancienne amante qu’il n’a pas revu depuis des décennies, Amy Bellette, ainsi qu’un jeune journaliste-écrivain antipathique qui prétend dévoiler le passé trouble d’un des écrivains préférés de Zuckerman, Lonoff, qui fut également un des compagnons de l’Amy retrouvée. Ces rencontres plus ou moins heureuses vont obliger notre écrivain à  rester quelque temps dans Big Apple, et il rencontrera ainsi, pour un échange de résidences, un jeune couple d’écrivains dont il va s’éprendre de la moitié féminine.
Ce résumé peut prouver à  quel point les thèmes de Roth ne changent pas. C’est la neuvième fois que l’on retrouve Nathan Zuckerman au centre de rebondissements intellectuels et sexuels, c’est la neuvième fois que New York est l’idéale toile de fond d’un milieu bourgeois aisé qui aime à  s’interroger sur la société, les hommes, le pouvoir, les arts et la sexualité contemporaine. C’est la neuvième preuve, enfin, que Zuckerman est certainement le double (presque pas fantasmé, bien réel) de Philip Roth.
Alors oui, les thèmes varient peu, mais le ton et l’ambiance du roman ont évolué. Place au gris, à  la triste mine, aux idéaux perdus, et aux rêves lessivés. Zuckerman bande mou, il s’invente plus qu’il ne construit les relations amoureuses qui s’instaurent dans ce roman de fin de règne, les joutes amoureuses deviennent des répliques de théâtre sur papier glacé, la drague d’antan a laissé la place à  des discussions moins passionnées mais lucides quant à  leur aboutissement final. L’évolution également du milieu littéraire new-yorkais s’est bien ternie, l’admiration pour ses pairs a laissé la place à  l’arrivisme cynique de jeunes loups qui veulent absolument ternir l’aura de leurs aînés en osant des scoops sur leurs parts d’ombre.
Philip Roth, pour illustrer ce monde zuckermanien qui n’est plus que l’ombre de lui-même, peuplé de ces fantômes d’une vie révolue qu’il s’acharne à  faire exister de nouveau, impose une écriture encore une fois magistrale, unique, un style à  la fois très simple mais très recherché, qui explore tous les sentiments que peuvent traverser les personnages de son roman. Si son héros de toujours s’assagit, décline et avance lentement vers sa mort, l’auteur n’a jamais été aussi inventif, alerte et élégant. La vieillesse et la désillusion n’ont jamais été aussi bien traitées dans un roman actuel, c’est vraiment du grand art.

Jean-François Lahorgue

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Exit le fantôme, de Philip Roth
Gallimard, 326 pages, 20 €¬ environ.
Date de parution : octobre 2009.

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