Agora

affiche_6.jpgAlejandro Amenábar, voilà  le prototype même du cinéaste ultra-doué, capable de se ridiculiser dans des entreprises bien trop ambitieuses. C’était le cas de l’épouvantable Mar Adentro, accouchement mielleux du pire sentimentalisme voyeur. D’un autre côté, Ouvre les yeux et le fantastique Les Autres l’ont démarqué de la concurrence depuis un moment. Quoi de neuf alors sous le soleil du cinéma espagnol à  gros budget ?

Production hispano-américaine, Agora semble consciencieusement arborer le drapeau étoilé dans ses valeurs et sa mise en scène de péplum trop dirigé. Le film est malgré tout étonnant, et involontairement de surcroît ; en deux parties clairement définies s’assemblent le pire comme le meilleur. Le pire, c’est ce début d’une heure qui n’en finit pas de considérations astronomiques de pacotille. Le personnage d’Hypatie n’est qu’une ridicule et hollywoodienne caricature féministe du sexe féminin actuel, fort, pensif et salvateur. Sa place et sa mise en scène prennent trop les apparences contemporaines d’un combat féminin contre le machisme ambiant, réflexion objective mais très mal mixée avec les autres thématiques principales. Agora le mélange avec la réflexion sur la religion et sur la connaissance, véritable révélation pour le cours du Monde. Dans sa mise en place, le drame d’envergure est saboté par une réalisation risible et tout en grands mouvements qui tentent tant bien que mal d’animer des décors qui sonnent faux et des figurants philosophes aux curieux airs d’étudiants à  Sciences Po.

La fresque d’Amenábar reste complètement superficielle, installant des groupes de personnages insupportablement sommaires dans leurs caractères et des tensions dramatiques d’où ne résonne aucune forme d’ambigüité. A part avoir eu l’idée de nombreux plans en plongée verticale comme pour signifier la présence et l’acte d’un Tout-puissant que les peuples remettent en cause, Alejandro Amenábar mène à  la perte son grand sujet épique et d’autant plus gâché qu’il est rarement traité au cinéma. Mais pourtant, après une énorme béance narrative, le film continue dans une seconde partie qui, elle, a bien plus d’arguments pour convaincre. Agora évitant soigneusement les grandes batailles (et tant mieux quand on voit l’incohérente théâtralité de celles-ci), le récit se focalise sur les chemins opposés que suivent Hypatie et son jeune esclave Davus, amoureux de l’astronome révélatrice d’une vérité conséquente au développement du monde à  suivre. Le rythme soutenu et l’importance accordée aux personnages donnent soudainement au film une ampleur indéniable, pas toujours aboutie car la réalisation se contente la plupart du temps d’aligner les prouesses techniques sans vraiment s’imprégner d’un style. Mais l’efficacité du scénario n’est plus à  démontrer ; la montée en puissance accorde un véritable intérêt à  chaque élément philosophique (le pouvoir de la science et de la pensée, la guerre des religions, la lutte des pouvoirs), jusqu’à  la puissante conclusion où, dans l’assemblage géométrique et l’empilement de flash-back, l’histoire vient trouver son point final. Rachel Weisz, sublime de bout en bout, porte à  elle seule le film et en gomme par son charisme une bonne partie de ses énormes défauts, notamment une recherche de l’érotisme kitsch héritée des nanars romanesques et historiques du cinéma exotique des années 50 qui n’a, définitivement, rien à  faire là .

Jean-Baptiste Doulcet

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Agora
Film américain, espagnol de Alejandro Amenabar
Genre : Drame, Aventure, Historique
Durée : 2h06
Sortie : 6 Janvier 2010
Avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac,…

La bande-annonce :

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