Le Refuge

affiche_10.jpgAvec Le Refuge, le toujours très prolifique François Ozon, sans se détourner de ce qui caractérise son cinéma traversé par les notions de transgression et l’installation d’univers étranges, à  la limite de l’irréel et du fantastique, revient vers une production plus classique, serait-on tentés d’écrire, à  la lecture en tout cas plus accessible – même si le film explore des zones plus complexes et déjoue certaines prévisions – renvoyant à  Sous le sable (2001) ou plus encore à  Le Temps qui reste (2003).

Pourtant, Le Refuge commence sous des auspices inamicaux faisant craindre le pire, : Louis et Mousse, prostrés dans un immense appartement, attendent leur dose d’héroîne mais, coupée avec du valium, elle provoque la mort du garçon. Mousse, qui apprend qu’elle est enceinte, est répudiée par la famille aisée de Louis et part se réfugier au bord de l’océan, bientôt rejointe par Paul le frère cadet de Louis. Les premiers plans qui s’attardent sur les prises de drogue et la déchéance des deux jeunes gens laissent présager du pire, : retrouve-t-on le Ozon froid et observant ses personnages avec un détachement d’entomologiste, ? Heureusement, dès que le film s’évade de Paris et son ambiance mortifère, il gagne en luminosité, profondeur et intérêt. Depuis quelque temps, le réalisateur de 5×2 paraît s’intéresser de plus en plus à  la maternité, à  ce qu’est être mère et enfanter. Déjà  en 2007, il réfléchissait à  la création (cette fois artistique) dans le romanesque Angel. Deux ans plus tard, cette inclinaison ne peut plus faire l’ombre d’un doute dans le culotté et déconcertant Ricky, conte à  la fois social et métaphorique où un bébé extraordinaire échappait à  sa mère pour lui donner les moyens inconscients et impalpables de s’extraire d’une vie miséreuse et d’accéder au bonheur. En ce sens, Mousse aujourd’hui n’est guère éloignée de la Katie d’hier. Dans une maison isolée, baignée de soleil et des embruns marins, l’ancienne droguée réapprend à  vivre, mais de manière inattendue, ce parcours ne passant pas par la maternité. Cet état ne produit pas d’effets sur le comportement de Mousse, soudain exaspérée par une femme, peut-être un peu dérangée, qui lui prodigue force conseils sur la gestion de sa grossesse. En face de Mousse, il y a Paul, un garçon discret et énigmatique, presque dans l’indécision. Certes il est homosexuel et le vit sans entraves, tout en n’étant pas insensible à  Mousse. En partance pour l’Espagne, il fait halte dans cette maison sans que les motifs et la durée de sa visite soient établis. Néanmoins un lien ténu finit par se tisser entre Paul et Mousse qui permettra à  cette dernière d’accomplir les étapes indispensables à  son retour à  la vie et d’affronter, après le manque de drogues, celui de l’amour.

Malgré la violence sous-jacente qu’il contient, Le Refuge se singularise par son incroyable douceur et rien n’apparaît ici déplacé, même lorsque Mousse succombe à  une étrange proposition d’homme marié amateur de femmes enceintes – instant dans sa bizarrerie transgressive et pourtant logique à  rapprocher de la décision de Romain (dans Le temps qui reste) de faire un enfant à  une inconnue de rencontre. Toujours partisan de la ligne claire et d’une simplicité narrative nullement synonyme de simplisme, François Ozon signe avec Le Refuge un film paradoxalement apaisé, empreint d’une tranquille mélancolie, sublimant une fois encore la puissance du désir.

Patrick Braganti

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Le Refuge
Film français de François Ozon
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h30
Sortie : 27 Janvier 2010
Avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy, Pierre Louis-Calixte, Melvil Poupaud,…

La bande-annonce :

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One thought on “Le Refuge

  1. Un film creux, poussif, que l’on quitte dès les 5 premières minutes où Ozon veut choquer le bourgeois en montrant une overdose mortelle en direct… Il en faut plus pour avoir du talent. Le reste est à l’avenant, c’est à dire qu’on s’en fout et qu’on peut s’amuser à deviner la phrase suivante d’un personnage : ça marche à tous les coups. Dans 10 ans, on reverra ces films comme des films mous et surtout pas habités. Ozon devrait prendre deux ans sabbatiques, soignenr son syndrôme de Peter Pan et se demander si faire deux films par an n’est pas injurieux quand on a si peu à dire.
    J’ai passé un terrible moment dans ce film, où les clichés s’empilent et les acteurs jouent faux. On se croirait (allez voir !) dans un sketch des Inconnus.
    Sylvie, Lyon.

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