Brothers

brothers.jpgIl y a chez Jim Sheridan comme une pudeur eastwoodienne dans le choix des histoires, dans les zones d’ombre des scénarios, emplis de doutes, de vérités à  percer et de justice à  déclamer. Il y a, comme chez le maître américain, une habileté à  traiter les sentiments les plus forts, à  les mêler dans l’Histoire ou dans l’intime. Une sagesse profonde, élégante, loin de la virtuosité tape-à -l’oeil, tout dans la subtilité narrative et la force des émotions simples et contenues.

Avec »Brothers » mélodrame mineur sur les ravages de la guerre, le cinéaste irlandais qui, à  l’époque, bluffât tout le monde avec »Au nom du père » et »The Boxer » revient à  une forme classique, la cellule familiale dérangée petit à  petit, et voudrait retrouver la patte de son confrère de cinéma afin d’en exploiter les ressources humanistes. Dans cette famille, l’un est le héros, envoyé à  la guerre et annoncé mort au bout de quelques jours. L’autre est un looser, fraîchement sorti de taule et sans job. Leur père est un salaud alcoolique et aux relents fascistes. Le rôle féminin, lui, est une caricature de la femme au foyer avec deux enfants, attristée par la perte de l’époux. Le frère taulard va, peu à  peu, se rapprocher de sa belle-soeur pour l’aider à  faire le deuil. Sauf que le soldat laissé pour mort ne l’est pas tant que ça, et qu’il revient au foyer, bousillé par l’acte meurtrier et par ce que ses yeux ont vus. Sur cette trame complexe où explosent les rapports de couple, où se disloquent la figure paternelle et fraternelle, Jim Sheridan brode une oeuvre pleine de bons sentiments, au bord de la tragédie mielleuse. La crudité du film danois à  l’origine de cette machine à  Oscars (« Brothers » 2006) procurait une plus forte sensation d’immersion et la résonance entre les deux milieux jouait beaucoup plus sur l’ambiguîté des relations entre les personnages et le fossé qui les sépare (la sécurité et le confort du foyer contre les cendres des terrains de guerre). Ici, dans ce remake édulcoré et beaucoup plus consensuel, les échanges relationnels restent à  l’état d’ébauche et la structure s’écrase à  cause de sa faiblesse schématique aux intérêts purement moralistes. La réalisation est plus molle, moins percutante et préfère miser sur la mise en lumière du jeu d’acteurs (impressionnant Tobey Maguire) que sur la puissance visuelle de l’opposition entre deux décors.

Cette nouvelle version de »Brothers » distille certes un humour et une émotion parfois efficaces, mais cela ne suffit pas à  densifier l’ensemble, pris dans la fadeur du cadre et les facilités de construction qui en font un parfait petit produit hollywoodien. Reste la tension magnifique lors de la séquence du dîner, où le ballon menace d’éclater à  tout moment, symbole de la dégénération du cadre familial et d’une Amérique qui glisse entre les doigts.

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Jean-Baptiste Doulcet

Brothers
Film américain de Jim Sheridan
Genre : Drame
Durée : 1h45
Sortie :,  3 février 2010
Avec Jake Gyllenhaal, Tobey Maguire, Natalie Portman…

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