Une éducation

education_1.jpgC’est l’éducation d’un paradoxe ; comment peut-on parler de l’excentricité, de l’apprentissage d’une liberté et d’un vent de folie en restant à  ce point scotché académiquement sur la valeur et la facture uniquement technique de l’objet ? Là  où la substance doit venir en contrepoint de l’émotion et de la chair, Lone Scherfig opte pour une chasteté bien-pensante qui annule d’emblée le pouvoir symbolique et humain du film.

Absence de matière, donc d’émotion. Absence de corps, donc d’ambiguîté. Absence de point de vue, donc d’intérêt »Une éducation » ressemble à  ces films pour écolières un peu cachottières des années 60, faussement exubérant et parfaitement soporifique. C’est tout le paradoxe ; inscrire le film dans le style de ce qu’il tente justement de dénoncer. Sans qu’il s’agisse véritablement d’une attaque, c’est-à -dire sans virulence, Lone Scherfig adapte ces mémoires parce qu’elles parlent d’une soif de liberté au plus loin des conventions et des moeurs britanniques de l’époque. Pourtant, on bascule très vite dans la moralité bas de gamme, la cinéaste taillant son film en angles droits et en culottes courtes, alliant poses candides avec mouvements convenus, sans idées narratives et visuelles, alors que c’est justement là  que l’oeuvre devait se départir d’une quelconque adaptation concrète et ‘respectueuse’. Et c’est sans ironie bien sûr que le film prend l’apparence plus sclérosée encore que ne l’était l’époque elle-même. Soumise, la mise en image n’en est alors que plus fade et insignifiante. Les séquences parisiennes sont affreusement stéréotypées, révélant un véritable roman-photo pour touristes éperdus en manque de naphtaline. Les sentiments censés s’y découvrir s’éparpillent alors sagement et platement dans cet indigeste pudding bon-enfant, heureusement sauvé par la drôlerie d’Alfred Molina et la révélation Carey Mulligan, dont le dynamisme Hepburnien et l’élégance typée donnent au film un certain charme, à  défaut d’une singularité.

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Jean-Baptiste Doulcet

Une éducation
Film américain, britannique de Lone Scherfig
Genre : Drame
Durée : 1h35 min
Avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan, Alfred Molina…
Date de sortie cinéma : 24 février 2010

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