Tête de Turc

tete.jpgUn jeune de banlieue enflamme d’un cocktail molotov la voiture d’un secouriste, avant de lui venir en secours par une soudaine prise de conscience. La victime, après trois jours de coma, apprend que l’accident dont il était la cible (aléatoire), a couté la vie à  la femme qui attendait ses secours. Ainsi le veuf est à  ses trousses. D’un autre côté, le frère du secouriste, flic dur à  cuire, cherche à  venger son frère. Tandis que pour calmer la situation, les membres politique décident d’attribuer une médaille au jeune coupable dont on ne peut reconnaître que l’acte héroîque, le flic va comprendre que si le jeune turc est un sauveur, c’est aussi le principal causeur du drame et donc celui que la loi condamnera en premier. Sa mère, elle, voit en la reconnaissance symbolique du geste civique l’occasion de sortir des bas-fonds de la cité. Film à  thèse tortueux, la première oeuvre de Pascal Elbé fait office de réflexion pertinente et intelligente sur les problèmes sociaux de la France actuelle. Sans jugement moral, l’acteur – maintenant devenu cinéaste – pose de front la question de la culpabilité : qui est coupable? Peut-on rééquilibrer la justice au prix de la vengeance ? Et surtout, qui est victime dans ce puzzle de personnages écorchés? Tout le monde, et personne. Chacun cherche un oasis, parcourant un désert à  la recherche d’une vie meilleure. Le brio du film est de recourir à  un artifice scénaristique (le film choral) pour créer une dimension plus politique qu’émotionnelle. Calqué sur les bases de »Collision » – le film de Paul Haggis primé aux Oscars – , »Tête de turc » parvient à  dialoguer de manière purement objective sur l’impact que peut créer un drame quotidien sur différentes mentalités et sensibilités. Si Pascal Elbé n’évite pas quelques maladresses de structure (le personnage du veuf est voué à  l’échec dramatique puisqu’il ne prend de dimension que dans la conclusion), le reste de son architecture parvient entièrement à  tenir la route, donnant au genre du film à  thèse une puissance notable grâce au jeu sur la moralité et l’immoralité. Son film est fin car il mène dans chaque cas à  une impasse réflexive, jouant sur l’ambigüité et les paradoxes que peuvent recouvrir chaque personnage. Ceux-ci sont aidés par une distribution en or, allant de la sublime Ronit Elkabetz au talent viscéral de Roschdy Zem. Un peu à  la manière de »Traffic » de S. Soderbergh qui, lui, abordait le problème de la circulation des drogues aux Etats-Unis, Pascal Elbé brode différents tunnels aboutissant à  un même centre, ou comment l’acte d’une personne peut créer des incidents diplomatiques et personnels au sein d’un même pays et autour d’un même problème. Ce premier essai n’en a pas la brillante configuration ni l’audace, mais demeure néanmoins une belle petite surprise qui ne demande qu’à  être découverte, même par les plus récalcitrants.

Jean-Baptiste Doulcet

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Tête de turc
Film français de Pascal Elbé
Genre : Drame social / Policier
Durée : 1h27 min
Avec : Roschdy Zem, Pascal Elbé, Samir Makhlouf…
Date de sortie cinéma : 31 Mars 2010

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