8 fois debout

8fois.jpg » Si je saute là , tu pourrais essayer de me rattraper « ? Cette question, c’est le personnage d’Elsa (Julie Gayet) qui la pose dans le dernier film de Xabi Molia (qui l’avait déjà  fait tourner sur le même thème dans »S.’éloigner du Rivage » en 2008). Elsa est une jeune femme aussi paumée que vulnérable. Elle cherche du travail. Si elle en trouve, elle pourra peut-être récupérer son jeune fils qui vit chez son ex. En attendant, elle gagne sa vie comme elle peut en lavant les bus en fin de tournée ou en faisant du baby-sitting chez les riches. La peur du manque lui fait parfois faire de belles entorses à  la morale des gens bien comme il faut »elle vole des billets de banque oubliés sous un siège ou elle s’assoupit sur un canapé moelleux chez un mioche qu’elle garde. Elle ne parvient jamais à  faire coîncider ses désirs avec ses actes et inversement. Seule sa fragilité la guide. Un beau jour, elle rencontre Mathieu (Denis Podalydès), son voisin qui n’y parvient pas plus qu’elle. Lui aussi cherche du travail, quelque chose dans lequel il s’engage  » pour de bonnes raisons  » comme il le déclare en entretien d’embauche. Mais ce rêve reste un rêve. En attendant, il fait des sondages pour des campagnes publicitaires ou bien tue le temps dans la forêt où il s’est installé après avoir été expulsé. Bref ces deux là  étaient faits pour se rencontrer et Xabi Molia l’a bien compris. Il peint leur histoire comme un petit bijou, sur fond de dérive sociale. Sur l’écran, ce n’est plus Elsa et Mathieu qu’on voit, mais deux héros romantiques ecchymosés et épuisés de ne pas parvenir à  se parer d’un statut qu’exige souvent notre société. Elsa ne répond-elle pas à  une recruteuse qui lui demande jusqu’où elle a été dans ses études de Lettres,  » jusqu’à  la fin du XIXème siècle  » ? Rires dans la salle. Car c’est aussi de ce décalage que le réalisateur fait naître au final une délicieuse comédie. « Au coeur des situations les plus désespérantes se loge toujours quelque chose de dérisoire et de potentiellement drôle. Je n’avais pas envie de renoncer à  ce mélange. Parce que c’est de cette façon que je m’en sors dans la vie  » admet-il lui-même. D.’ailleurs, le veulent-ils vraiment, ce statut ? Folie, romantisme, dérision, résistance et espoir, fol espoir que quelqu’un vous rattrape si vous sautez (ou tombez), ce que le personnage d’Elsa n’hésite pas à  expérimenter elle-même dans la rue, en tombant délibérément juste pour voir qui viendrait la relever « .Parfois personne ! Parfois Mathieu, ce qui lui rappelle alors le proverbe appris par son cousin : sept fois à  terre, huit fois debout »Car c’est bien une femme debout et accompagnée de son fils que le spectateur entrevoit à  la fin du film. Une manière peut-être aussi de montrer qu’elle apprend peu à  peu à  être acceptée par les autres, à  commencer par son enfant. Un espoir aussi doux que l’air marin qu’elle respire ce jour-là .

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Virginie Chapelain

8 fois debout
Comédie dramatique de Xabi Molia
Sortie le 14 avril 2010
Durée 1h43
Avec Julie Gayet, Denis Podalydès, Mathieu Busson, Constance Dolle, Christian Erickson, Kevyn Frachon, Jérôme Thibaut, Marc Bodnar…

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