La Comtesse

contesse.jpgD’histoires lointaines, on peut construire les mythes que l’on désire. Tel semble être le credo de Julie Delpy qui, à  l’opposé de la comédie reposante »Two days in Paris » signe ici une fresque intime et glacée sur le poison d’une figure féminine célèbre. L’intelligence du film tient sur cette idée précedemment énoncée qu’il se cache derrière tout mythe une réalité qui ne demande qu’à  être fantasmée à  défaut de pouvoir être prouvée. Ainsi »La Comtesse » ne s’éloigne jamais de son personnage et en fait l’héroîne du drame humain : le temps qui passe, c’est-à -dire la perte de l’enfance, la démission du corps, la dure acceptation de la mort. Seulement voilà , Julie Delpy a beau être d’une prestance et d’une élégance extraordinaire dans sa composition du personnage, celle qui se trouve derrière la caméra a au contraire bien plus de mal avec son riche sujet. Un plan sur une paire de mains ridées est-elle une ellipse suffisante à  la construction de toute la mythologie d’une jeunesse perdue? Là  où le film aurait pu pleinement profiter d’un esprit et d’un visuel de poème gothique, Delpy s’en détache pour concentrer son interêt sur la vague histoire d’amour naîve entre la comtesse et le jeune Istvan Thurzo, campé par la fadeur légendaire de Daniel Brühl. Ce qui donne un énième film en costumes peu préoccupé par son statut archétypal, avec ce qu’il faut de mollesse et de mysticisme pompier (scène de rêves d’enfants, corps lacéré d’une jeune vierge, lesbianisme, sado-masochisme). Et le film a beau traiter de thématiques audacieuses dans l’ordre du cinéma historique, d’aucunes ne parviennent à  nous bousculer ou nous mettre mal à  l’aise, comme si il y avait une normalité à  cette folie de l’âge et de la destruction corporelle. Julie Delpy s’autorise tout au plus deux images marquantes pour montrer que le sang fait partie de l’histoire, pourtant c’est bien le sang en tant que matière qu’elle aurait du filmer, non pas l’hémoglobine inhérente à  la production d’un massacre historique. Son film se vautre peu à  peu dans le ridicule, jamais progressif dans la traduction de la perte de repères et la folie qui engloutit la Comtesse. Même le décor, intéressant château gothique aux pierres vieillies par le temps, n’est considéré au moins comme le propre piège et le tombeau de Bathory. L’imagerie fascinante d’une époque insaisissable s’effondre alors devant nos yeux, malgré la bonne volonté d’une réalisatrice jamais au niveau du talent d’actrice qu’elle détient.

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Jean-Baptiste Doulcet

La Comtesse
Film franco-allemand de Julie Delpy
Genre : Drame historique
Durée : 1h34min
Avec : Julie Delpy, Daniel Brühl, Anamaria Marinca…
Date de sortie cinéma : 21 Avrîl 2010

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