Mammuth

Mammuth.jpgVoilà  pour l’instant le seul film français de ce début d’année qui présente une once d’interêt sur l’étendue des plans artistiques et humanistes, ainsi qu’une véritable force créative. Duo de choc au regard acide et subversif (« Louise-Michel » semi-réussite obscure), proche de l’expérimental (« Aaltra » voyage burlesque rebutant), Kervern et Delépine trouvent cette fois un point d’ancrage dans le mélange entre fable sociale dramatique et surréalisme poétique et comique.

Très proche de la cinématographie belge dans cette façon d’inventer un univers voisin du pathétique et d’un réalisme morne (nombre de comédiens d’origine belge sont empruntés pour les besoins du film), »Mammuth » repousse les attentes et attise une certaine curiosité car il dérive finalement de l’idée préconcue pour aller plus loin sans jamais s’écarter du principal ; ses personnages. De là  naît l’un des films les plus chaleureux vus depuis logntemps.

Si »Louise-Michel » mêlait à  un récit en ligne droite la morbidité malsaine des malades, »Mammuth » décuple un univers malsain pour mieux l’éclairer par la luminosité des lieux et des gens qui l’entourent ; d’un abattoir d’où l’on confond la viande sèche en gros plan avec la masse péniblement vécue de Depardieu, la caméra suivra un trajet qui nous emmenera jusqu’à  ce cadre paradisiaque d’un point d’eau où, entouré par la flore, le même Depardieu baigne nu son ossature spectaculaire, les cheveux blonds détachés comme une Mélisande sortie de la France profonde.

Question cinématographique s’il en est, comment montrer la beauté au-delà  d’un physique qui nous inspire des à  priori? Comment montrer quel ravin il peut exister entre le caractère, le physique, le comportement, et le ‘vrai’ qui se trouve à  l’intérieur? Paradoxalement, tous ces gens du pauvre, ces incultes notoires, ces pourritures du dimanche, chez Kerven et Delépine, sont rayons de lumière qui illuminent les cités grises de Royan. Il y a même chez Yolande Moreau cette beauté tellement crue dans la scène de retrouvaille finale, qu’on se demande si l’on rêve où si vraiment, en se rasant les aisselles, elle peut évoquer toute cette sensualité et cette féminité animale. De même pour Depardieu, sorte de Mickey Rourke au bord de l’abandon, naturellement vivant.

« Mammuth » finalement, gagne à  brosser de vrais et bouleversants portraits des petites gens d’en bas. Il y perd – et peut-être tant mieux? – la forme contestataire des précédents longs-métrages de Kervern et Delépine. Ici le récit, extrêmement simple et bourré de défauts dans cette simplicité même, laisse de la place à  la créativité, puis un impact comique et émotionnel hors du commun. Est-ce le grain goudronné de l’image? Cette audace filmique qui consiste à  tenir un long-métrage sur les formats rappelant les vieilles émissions françaises en bandes vidéos? Est-ce les apparitions angéliques d’Adjani, ange noire flamboyant de détresse? La voix rauque et le corps détaché d’Anna Mouglalis? Le désespoir caché et infiniment triste de Miss Ming? L’absurdité d’une piscine flottant sur la mer? Un bar oublié où l’on se souvient du rire des copains? Ou bien, plus simplement encore, ce poème final, cette << dernière bataille >> sur les routes libres. Celle qui fait que »Mammuth » se termine, à  jamais, comme la fin d’un siècle.

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Jean-Baptiste doulcet

Mammuth
Film français de Gustave Kervern et Benoît Delépine
Genre : Comédie sociale et dramatique
Durée : 1h32 min
Avec : Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Miss Ming…
Date de sortie cinéma : 21 Avrîl 2010

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