Robin des bois

robin_home.jpgRidley Scott est certes l’un des plus influents cinéastes américains, il n’en demeure pas moins un auteur devenu (bon) faiseur, mais dont la faiblesse réside certainement dans cet intriguant manque de renouvellement.

De »Blade Runner » à « Thelma & Louise » le ravin stylistique est énorme, alors comment peut-on aujourd’hui enchaîner trois films similaires (plus ou moins bons dans leur valeur artistique), trio historique porté par ce même héroîsme mâle ? On a souvent dit de Scott qu’il gagnait en finesse et qu’il demeurait l’un des rares cinéastes de grosses commandes américaines à  avoir un contrôle et une vision personnelle toujours préservée, à  l’instar du génial mentor de la production colossale qu’est Spielberg. Mais quelle évolution peut-on saisir de »Gladiator » à « Robin des bois » en passant par »Kingdom of heaven » @@@ ? Seulement un manque total de distanciation émotionnelle et un contact à  la mise en scène uniquement fonctionnel, c’est-à -dire efficace sans plus pour résumer caricaturalement.

« Gladiator » premier de la ‘série’ Scottienne, pouvait convaincre puisqu’il appartenait au genre du péplum, lui-même raréfié à  l’aube du XXIème siècle où la définition technologique prenait (et prend toujours) sa place. De plus, l’épisode historique, avec ce qu’il comprend de morale et de réadaptation parfois invraisemblable, demeurait mystérieux aux yeux d’une majorité du public. Puis vint »Kingdom of heaven » peut-être le plus réussi des trois films en cela qu’il a le mérite d’être porté jusqu’au bout par une pensée unique, en l’occurrence l’esthétique et la retraduction des mythes entre ombre et lumière. Mais cinq ans plus tard, que retrouve-t-on de cette matière vaguement améliorée par le temps ? Un énième film de cape et d’épée, d’autant plus ennuyant qu’il a maintes fois été adapté à  toutes les sauces. Sans aucun doute avons nous à  faire ici à  la version la plus prude qu’il nous ait été donné de voir. Remettre en cause le savoir-faire de son réalisateur serait un acte de pure mauvaise foi, mais en revanche que diable a-t-il pu vouloir traduire de plus ici? Partir de l’homme avant la légende (objectif très racoleur), soit, mais l’impression persistante est de voir cette même légende racontée quelques temps avant les faits ; tout simplement parce que le film est au fond à  l’image de tous les autres, si ce n’est une avancée technique éventuellement remarquable et qui l’éloigne de la supercherie jouée par Erroll Flynn en 1938.

Le plus embêtant est de voir à  quel point Ridley Scott se répète et à  partir de quel moment un sujet à  priori poignant peut devenir à  ce point dénué d’enjeux dramatiques. Les scènes de romance, inutiles et niaises, les scènes de combat, répétées à  l’infini depuis »Gladiator » la faible psychologie qui enrobe les caractères de personnages que l’on devine ambigus (l’idée des enfants masqués est là , mais jamais développée), et enfin, terrible faute comme l’a été la sourde oreille de Tarantino dans »Inglourious Basterds » le texte français déclamé avec cette empathie toute française de comédiens paumés dans un délire américain démesuré. Il y en a trop et jamais assez dans le même temps, beaucoup d’esbroufe et de giclures en gros plan, une certaine barbarie dans les combats qui ici ne prennent jamais, ou alors retombent directement après que les champs-contrechamps héroîques ont eu raison du regard bovin de Russell Crowe, excellent acteur visiblement condamné à  interpréter jusqu’à  la fin de ses jours ce même guerrier bravant les pièges de l’ennemi et du coeur des femmes. Sourcil froncés, l’oeil mou et délavé comme si un rayon de soleil l’aveuglait, autant dire qu’on l’a connu plus investi dans la recherche charismatique et psychologique d’un personnage. Pourtant ce »Robin des bois » n’a rien de foncièrement mauvais, juste l’ennui que procure une grosse production mille fois vue et déroulée sans rythme ni idées. Cate Blanchett a beau être la magnificence incarnée, rien n’y change, »Robin des bois » se veut viscéral, profond, audacieux, mais il n’est que retenu par la raison et le bien-penséisme hollywoodien, c’est-à -dire la diabolique confusion entre l’art, et son commerce.

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Jean-Baptiste Doulcet

NB : N’oublions pas non plus qu’entre »Gladiator » et »Robin des bois » Ridley Scott a réalisé trois autres films à  mon avis mineurs et eux aussi ancrés dans ce ‘non-style’ auquel il s’est adapté pour chaque genre: »Une grande année » »American Gangster » et »Mensonges d’état » ainsi que plusieurs productions qui auront su rehausser sa crédibilité artistique, en tout cas plus que les films précédemment cités.

Robin des bois
Film américain / britannique de Ridley Scott
Genre : Historique / Aventures
Durée : 2h20 min
Avec : Russell Crowe, Cate Blanchett, Max Von Sydow…
Date de sortie cinéma : 12 Mai 2010

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