Lola

lola.jpgDécouvert et distribué à  un plus large public grâce à « John John » le philippin Brillante Mendoza affiche aujourd’hui une filmographie riche et remplie en trois ans à  peine. Après être passé de la farce érotique (l’attachant »Serbis ») à  l’enfer expérimental (l’insupportable »Kinatay » prix de la mise en scène à  Cannes l’an dernier), le voici de retour pour son plus beau film, le combat de deux grands-mères, l’une dont le fils a été assassiné, l’autre dont le fils est le meurtrier.

Un film sur l’acceptation du deuil, la soif d’entraide dans la misère sociale la plus totale. Bien qu’il filme dans l’esprit d’un reportage quasi-documentaire, Mendoza n’oublie pas qu’une fiction se doit d’être traversée d’éclats lyriques, en témoigne ce cortège nocturne de barques fantômes ou bien quelques magnifiques images fugaces d’une ville désordonnée. Son film en est entrecoupé, des plans serrés sur le visage d’une grand-mère dont les rides semblent traduire la douleur de la perte ou la puissance d’une scène aussi inoffensive que la découverte de poissons dans un carré d’eau ; quelques parenthèses humaines qui n’ont jamais à  voir avec le danger du misérabilisme. L

a force vitale du cinéma de Mendoza, encore une fois, c’est ce trajet vers l’avant, ce mouvement continu qui forme un but physique, une fuite vers l’espérance comme si l’on traversait un long couloir jonché d’obstacles infimes. Toujours en corps à  corps, le cinéaste brave la fébrilité des moyens pour devenir poignant dans sa relation avec les personnages des deux grands-mères (comme ces deux canards qui se retrouveront attachés par les pattes, la tête en bas après avoir essayé d’échapper à  leur condition), sincère dans son contact direct au personnage et donc au récit, puisque celui-ci est incarné par les figures féminines qu’il ne quittera pas. Le procédé de ‘filature’ atteint ses limites lorsqu’il implique de suivre le personnage jusqu’au bout de l’anecdotisme, par exemple à  la recherche des toilettes, que l’on vit avec la caméra dans un même élan. L’impression peut devenir vaine, se transformer souvent en une lassitude non-dissimulée, mais il y a assez de forces et de micro-idées pour que le film tienne bon, laissant parfois le goût d’une aventure amère et onirique à  la fois, à  l’intérieur de son entière vraisemblance. Une quête douloureuse mais essentielle dans son jusqu’au-boutisme et sa défense de l’âme humaine, magnifiée par ses deux formidables actrices.

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Jean-Baptiste Doulcet

Lola
Film philippin de Brillante Mendoza
Genre : Drame
Durée : 1h50 min

Avec : Anita Linda, Rustica Carpio, Tanya Gomez…
Date de sortie cinéma : 5 Mai 2010

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