When You’re Strange

When_Youre_Strange.jpgLes Doors, symbole d’une génération perdue où la musique stigmatisait sans le vouloir les plaies béantes de l’Amérique Nixonienne, fait appel à  un énième document audiovisuel qui, cette fois, se propose comme un voyage ultime où tout nous sera montré. Bien sûr ce n’est pas le cas, mais on ressentira un grand plaisir face au film élégiaque tourné par Morrison himself où, perdu dans un désert (l’errance de Van Sant dans »Gerry » semble s’y incruster), au volant d’une voiture dont le conducteur se volatilise, il entame un court road-movie. Trajet infini sur lequel Tom DiCillo superpose la bande radiophonique annonçant la mort de Morrison au grand public. En opposant la propagande du défunt et Morrison retrouvé en chair et en os, quelques secondes suffisent pour faire naître la définition d’un mythe : l’illusion d’une vie qui se prolonge dans le temps. Après cette ouverture magistrale de simplicité, quelques idées intéressantes jalonnent le docu, qu’il s’agisse d’effets rythmiques appuyés, de diaporamas dégenerescents sur lesquels se superposent des titres comme »This is the end » ou plus globalement de la voix de Johnny Depp. Car faire parler un acteur ‘rock-star’, fana des Doors et lui-même légende de son temps, c’est aussi ouvrir le sujet de l’influence artistique et temporelle, au-delà  des générations. Autrement »When you’re strange » s’apparente plutôt à  une Bible pocket pour les méconnaisseurs ou désinteressés, sommairement raconté dans sa structure ultra-linéaire ; comme si définir un groupe ne signifiait que s’attarder sur son leader. En effet dans le film, on remarque qu’à  la mort de Morrison, il n’y a plus rien à  raconter. Que lui, superstar, fascine tellement le cinéaste qu’il finit par en oublier les autres. Faire un film sur la puissance d’un groupe, c’est avant tout le devoir de démythifier chaque élément et de les placer au centre d’une entité (qui, assurément, n’est pas Jim Morrison, mais les Doors). L’erreur de »When you’re strange » est là , dans cette démarche facile qui tend à  miroiter ce que veut voir une majorité du public. Pour autant la face de Morrison n’en reste pas moins obscure si l’on enlève le trop-plein d’anecdotes qui ne servent personne, sinon d’assoiffer notre curiosité maniaque »When you’re strange » se permet aussi des raccourcis un peu discutables, à  la fois dans la manière dont il use avec acharnement du mythe Morrison, mais aussi quand il s’agit de synthétiser, faute de temps, des périodes riches de sens dans la carrière du groupe. Pour exemple, la fin se résume à  une phrase symbolique d’une immense naîveté. Dire qu’avec un tel impact, la magie d’un groupe comme les Doors s’en trouve réduite à  une misérable tirade, peut faire assez mal. C’est bien là  les limites du travail de DiCillo ; un document sans richesse, grossissant les traits de la clarté, mais dont le punch directement traduit de la musique et l’amas d’images rares suffisent à  combler notre appétit de fan, ou de non-fan.

2_5.gif

Jean-Baptiste Doulcet

When you’re strange
Documentaire américain de Tom DiCillo
Genre : Documentaire musical
Durée : 1h30 min
Avec la voix de : Johnny Depp
Date de sortie cinéma : 9 Juin 2010

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *