A la folle jeunesse, d’Ann Scott

annscott.jpgDepuis les années 2000 Ann Scott est une valeur sûre. Parce que l’écrivain a publié rien moins que  » le livre de la génération Technikart  » avec son Superstars mélange de  » French touch génération  » de boîtes de nuit, de sexualité homo, de glamour et de paillettes qu’on voit briller du Palace jusque sur
le bord de la narine. J.’espère que je résume bien. Je n’ai pas (encore) lu superstars, qui a toujours représenté pour moi le  » parisianisme  » contemporain, l’excès de médiatisation des DJ aux basses filtrées et des monstres pour médias de type Ariel Wizman, Beigbeder ou Nicolas Rey. Et quand on a 24 ans à  Bruxelles ces excès et l’impudence apparente de cette génération à  moudre par le  » tout le monde en parle  » d’Ardisson avait le don d’excéder ma vie rangée.

A la folle jeunesse est une autofiction, l’auteur m’a soufflé le mot. En gros, elle se projette dans une réalité qui pourrait être la sienne aujourd’hui, à  l’aube de ses quarante hivers, une fois passée la vie de folie et le speed de la jeunesse, une fois consacrée au statut de superstar des ventes. Ann Scott se penche sur sa vie, et en donne un instantané impressionniste, rangeant sans doute plein de clins d’oeil dans les tiroirs de l’interprétation. La Ann Scott de fiction revient sur les mois qui ont suivi la sortie de superstars, les marathons promo, les groupies, les banquettes de taxi sur lesquels on s’endort pour se la jouer Tyler Durden (de fight club) perpétuel. l’héroîne évoque au gré de l’approche de ses quarante ans une journée parisienne où se croisent des souvenirs de jeunesse durs ou tendres, une tentative d’analyse des relations familiales, des naissances et un appel à  une forme d’amour qui soit une matrice rassurante pour la suite, réconfortante, comme des bras passés sur les hanches et qui diraient  » t.’inquiète je suis là  « . Le personnage de Shannon l’évoque en creux, Sam le chauffeur africain aussi.

Je n’ai pas lu Superstars. C.’est un atout pour critiquer A la folle jeunesse. Je peux m’absoudre à  la fois de l’image que les lecteurs de la première heure peuvent avoir du style de l’écrivain, je parviens à  laisser mon cerveau lire sans aucune attente ni préjugé. Et me rendre compte que je ne suis pas la bonne cible, sans doute. A la folle jeunesse n’est pas assez  » universel  » pour arriver à  me passionner. Je vois bien, dans l’évocation d’une jeunesse et d’une génération, le message d’adieu à  un vécu, un passé, un type d’expérience. Je repère cette  » mode  » littéraire qui a été abordée en France par le windows on the world de Beigbeder ou Brett Easton Ellis à  qui Ann Scot pique l’incipit du roman.

Que restera-t-il, du monde et de moi-même quand j’aurai mis au rencard une époque, un vécu ? C.’est aussi le sujet de la belle vie de Jay Mac Inerney, faisant lui-même suite à  son trente ans et des poussières. Intéressante comparaison qui montre comment peut-être en glissant plus de l’autofiction à  la fiction complète j’aurais pu être conquis par un roman d' »après » façon Ann Scott. Certes Mac Inerney place le 11 septembre en toile de fond de sa réflexion. Mais ce qui compte c’est autant le décor collectif que la réflexion personnelle des personnages et de l’auteur ou leur appropriation par le lecteur. Comment vivrai-je avec ces nouveaux doutes, de nouveaux besoins,un nouveau moi-même et moins d’ego, dans un univers -ici parisien- trop réel ?

Pourtant, jamais Shannon, Marie, Stella où la famille qui m’est présentée ne parviennent vraiment à  me convaincre. Jamais je ne m’attache à  l’un d’eux pour ce qu’il est un personnage , un type d’humain ou n’ai-je envie d’achever à  coup de pelle les pisseuses qui gravitent autour du roman parce qu’elles m’ont été décrites insupportables. Je le regrette. Je ne parviens pas à  me détacher du particulier qui peine à  me toucher pour rejoindre l’universel qui me ferait réfléchir, engueuler, envie de mourir ou de pleurer. Je n’arrive ni à  flipper ni à  espérer avec le double de papier de l’écrivain. Je reste sur le seuil, appréciant le côté sociologique d’un roman qui évoque le vécu d’un écrivain  » à  succès  » racontant les journées fastes de l’après publication, et tout le méta discours que la société des médias impose à  l’artiste sur le sujet. En ça, oui à  la folle jeunesse est un témoignage.

Il y a pourtant un point que j’apprécie beaucoup dans A la folle jeunesse. Le style d’écriture. J.’aime les phrases courtes, les propositions ciblées et directes. Elles vont droit au but ou permettent l’intrusion de rêveries au milieu d’un instant concret. Elles parviennent à  entrechoquer conscient et inconscient, en fait comme dans les longs monologues sans voix qu’on peut avoir avec soi-même. C.’est une des qualités que je repère et apprécie souvent aussi chez les auteurs américains (ou chez leurs traducteurs, va savoir). Précision, mots simples, peu d’images, sentiments concentrés. Ann Scott a l’écriture nerveuse, désabusée. Et le roman, même s’il me touche moins que j’aurais pu l’espérer, s’avale d’une traite. Ce n’est pas anodin de placer Easton Ellis dans son roman. Ce ne l’est pas non plus de citer Mac Inerney dans la critique. Il y a dans A la folle jeunesse une vraie efficacité d’écriture que je jalouse secrètement. Il y a aussi les graines d’un grand roman post générationnel pour les néo quarantenaires de 2010. Qui au contraire de l’Américain sus cité n’arrive jamais à  éclore. Dommage.

Denis Verloes

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A la folle jeunesse de Ann Scott
Ed. Stock
156 pages
15,00 €¬
EAN13/ISBN : 9782234062535
Sortie le 18 Août 2010

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