Tamara Drewe

tamara.jpgIl y a chez Frears, plus que chez n’importe quel cinéaste britannique, une pensée théâtrale de laquelle émerge une alliance d’idées narratives et scéniques extraordinaires pour le cinéma. Encore une fois, »Tamara Drewe » bien qu’étant son film le moins singulier, offre cette perspective de scène, de mécanisme de récit infini et renouvelé. Frears abandonne de nombreux points habituels dans sa mise en scène (les lumières glacées, les grands mouvements de caméra et les raccords en espace et temps nouveau) pour se focaliser sur ce qui fait l’essence d’une histoire, la consistance d’un conte sociologique où se révèle la face cachée des êtres. Sa comédie, Allenienne à  souhait dans sa capacité à  n’être qu’une comédie d’un bout à  l’autre et dont les moyens développants ne signifient pas les grandes embardées scénaristiques, retrouve une verve d’antan perdue dans quelques exercices de style un peu sages (« Chéri » et »Madame Henderson présente »). Objet de rires pimpant et délicat, »Tamara Drewe » est aussi un cinéma plus malin qu’il n’y paraît, toujours en avance sur notre perception comique du quotidien, débanalisé par la force des reflets que Posy Simmonds (créatrice de la BD originale) et son adaptateur y oppose. Distribution éclatante pour réflexion élégante sur les faiblesses communautaires, Simmonds et Frears prennent un malin plaisir à  déconstruire le socle sur lequel reposent chaque personnage, emprisonné par des préjugés physiques qui renvoient à  ses propres doutes. Acide dans le fond, »Tamara Drewe » répond à  la légèreté qu’il envisage dans sa démarche artistique et publique, mêlant à  merveille l’intelligence du propos avec le plaisir de l’instant. Sans prétention, toujours en sobriété (quitte à  rater l’impact de dominos censé conclure brillamment le récit), Stephen Frears livre une subtile étude de moeurs, dont le personnage-titre représente le basculement d’une perfection sociale illusoire vers une guerre sentimentale où se brisent les masques et les incertitudes. Où se révèle aussi, comme le faux nez de Tamara cache les traumas du passé, la véritable valeur des gens, le vide de certaines existences, la condamnation subie par d’autres (les deux ado ennuyées, prises au piège de la superficialité people). Quand le nez se casse, c’est bien sûr le point final de l’histoire ; tout a été dit, et la beauté intouchable de la venimeuse héroîne, pourtant si innocente, révèle la vulnérabilité et l’imperfection des autres comme d’elle-même. Comme si la beauté n’était qu’une illusion optique, une invention dérisoire pour créer des rêves à  ceux qui n’en ont pas. C’est autour de cette Cléopâtre british que Frears et Simmonds admettent la fonctionnalité des existences pour en révéler la nature et la vérité, belle ou laide. Et par féroce déduction, en juges moralistes, quel malin plaisir auront-ils à  préférer l’enterrement d’un chien à  celui d’un vil intellectuel bobo !

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Jean-Baptiste Doulcet

Tamara Drewe
Film britannique de Stephen Frears
Genre : Comédie
Durée : 1h49 min
Avec : Gemma Arterton, Bill Camp, Roger Allam…
Date de sortie cinéma : 14 Juillet 2010

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