M.I.A. – Maya

MIA_Maya_Cover_Art.jpgPaper Planes aurait pu annoncer la couleur : M.I.A., la jeune Londonienne d’origine sri-lankaise, allait pouvoir devenir une sorte de Lady Gaga underground, avec des positions politiques marquées, plaquées sur des hymnes propres à  enflammer les dancefloors du monde entier. C’était mal connaître la punkette hardocre qui se cache sous la chanteuse engagée, et ce nouvel opus le confirme : M.I.A est pas là  pour se marrer, et sort littéralement la grosse artillerie.

Electro noisy, riffs incendiaires, rythmes syncopés, voix vocodée, dub angoissant, basses mortelles, décibels furibards : Maya sent la poudre, le feu, la rage et la peur. Jeune maman, la diablesse semble pourtant ne pas s’être assagie et agresse presque son auditoire sur les premiers morceaux qui risquent d’en dérouter pas mal. D’entrée, l’introduction the message nous semble presque familier mais le hip-hop indus et martelé de steppin up calme direct, on est en pleine revendication musicale, slogans frappés comme dans une manifestation hardcore et saignante. Du coup, le groove chaloupé de XXXO paraît doux et mélodique, avec son refrain très efficace, presque pop. Tube en perspective, même s’il risque le mode mineur, l’artiste ayant décidé d’en découdre avec les charts potentiels qui la désiraient au tournant. Pour preuve, la suite, proprement anti-commerciale : les six minutes de Teqkilla demeurent longuettes, truffées d’alarmes et de sirènes samplées, comme un Daft Punk lent et roboratif. On se remet à  peine avec Lovalot (un peu ingrat) pour se reprendre une gifle altermondialiste sur Story to be told, qui ressemble à  la mélodie de frère jacques (sic) moulinée au son Bollywood sur fond de beats hallucinogènes : le mélange est tellement curieux qu’il finit par être fascinant.

Enfin, un autre simili-tube débarque : M.I.A. retrouve son cher producteur Diplo pour un reggae presque joyeux, vite noirci par des paroles désespérées : même au royaume du cool, la pourriture s’immisce. Autre sommet – Born free, premier single extrait dont le clip très provoc’ a fini par être censuré par les plateformes vidéos en ligne, et toujours cette frondeur électro-rock, voix distordue et beats minimalistes violents. Ultime claque dans la tronche : le lapidaire meds and feds qui ravira les amateurs de fusion comme Asian Dub Foundation. le morceau possède une énergie folle, l’énergie du désespoir. Impressionnant. Enfin, pour les dix dernières minutes de l’album, Maya se calme un peu : Tell me why ressemble à  de la soul futuriste, un gospel métallique avec percus syncopées ; et l’ultime Space laisse enfin son interprète chanter un peu à  la Madonna, voix trafiquée sur de l’électro-pop classieuse.

Ecouter cet album, c’est un peu le »voyage au bout de l’enfer » même si cet enfer, secrètement, nous fascine, nous étonne, et nous charme. Aucune volonté de plaire chez M.I.A., juste l’envie d’en découdre avec tout ce que le monde compte d’injustice et de pourrissement. Album rebelle du 21ème, missile skud musical, Maya est un peu tout à  la fois, difficile de l’adorer ou le détester, mais impossible de l’ignorer. La jeune anglo-sri-lankaise a décidé de frapper fort, quitte à  laisser une partie de ses fans, hagards, sur le bas-côté. Malgré tout, je la suis…

Jean-François Lahorgue

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M.I.A. – Maya
Interscope Records
Sortie : Juillet 2010.

Tracklist :
1 « The Message »
2 « Steppin’ Up »
3 « XXXO »
4 « Teqkilla »
5 « Lovalot »
6 « Story Told »
7 « It Takes a Muscle »
8 « It Iz What It Iz »
9 « Born Free »
10 « Meds and Feds »
11 « Tell Me Why »
12 « Space »

Plus+
Le site officiel
son Myspace
Vidéo de »Born free » pour ceux qui voudraient oser…

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