Le Front russe, de Jean-Claude Lalumière

Le_front_russe.jpgRentrée littéraire 2010 : sur fond de crise mondiale, pas mal de romans glauques, désespérés, prenant le pouls d’un monde qui s’ennuie et baisse la tête. Pas un bouquin pour sortir un peu la tête de l’eau et rire un bon coup ? Si. Celui de Jean-Claude Lalumière propose de parler de mal-être, mais en usant des zygomatiques.

Le Front Russe, c’est un peu comme si Pierre Richard évoluait dans un scénario de Blake Edwards avec le Terry Gilliam de Brazil aux commandes. Lourdes références pour livre pas si léger qu’il en a l’air. Soit le quotidien d’un fonctionnaire tout ce qu’il y a de plus banal, qui se voit, en entrant au Ministère des Affaires Etrangères, jouer au VRP globe-trotter de service. A cause d’une bourde (qui ne sera pas la dernière…), il se retrouve au bureau des Pays émergents de l’Est à  attendre la mort ou à  organiser des réceptions bâclées pour les représentants des micro-pays finissant en -stan. Mais le jeune homme persiste, désire évoluer dans la carrière et va aller de succès en débâcles, tout en faisant le point sur sa vie et ses envies…

Premier constat : on se marre. L’auteur a le don de présenter des situations involontairement comiques mais presque usées, et d’y injecter de manière originale des effets imparables, donnant au texte un burlesque dévastateur avec une écriture précise et très travaillée. C’est avec une jubilation non feinte qu’on suit le parcours de ce personnage absolument banal, voire ennuyeux de prime abord, à  qui il arrive mésaventure sur déconvenue. Personnage évidemment touchant de par sa naîveté et sa maladresse, mais qui prend une toute autre ampleur en fin d’ouvrage.

Sans trop dévoiler, je dirais que du rire franc, on passe rapidement au rire jaune, puis à  la douche froide. Lorsque le narrateur fait le bilan, se pose et tourne la tête en arrière, c’est pour constater le vide de son (nos) existences passée(s) à  vouloir atteindre une inaccessible étoile. Brel n’est pas loin, et comme lui, Lalumière nous ferait presque chialer sur ses dernières pages. Passer du rire aux larmes, ça paraît simple, mais peu y parviennent. Et pourtant, le roman passe d’un extrême à  l’autre, sans prévenir, sans crier gare, avec une force de frappe intense.

Sur le front du roman comique, Le front russe est aux avant-postes, prêt à  dégainer. Et la salve est excellente.

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Jean-François Lahorgue

Le front russe, de Jean-Claude Lalumière
Le Dilettante, 256 pages, 17 €¬
Date de parution : août 2010.

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