Miral

Miral.bmp« Miral » reprend le travail instauré par Julian Schnabel avec »Le scaphandre et le papillon » c’est-à -dire conter les sujets douloureux en les traitant de front, posant avant toute chose la question d’honnêteté intellectuelle et de distance de mise en scène.

Schnabel, d’un geste pictural qui oscille entre ses traveaux peints et la photographie contemporaine, use et abuse des artifices de réalisation pour les rendre vivants et leur donner une essence qui devient l’interêt stylistique du film.

Du Scaphandre et le papillon, je garde un souvenir particulièrement ému, à  la fois dans son interrogation profondément existentielle sur la place accordée au handicap dans l’univers artistique, et de la manière dont Schnabel utilisait avec conviction des choix stylistiques forts et sensés (basés avant tout sur la sensation), rendant l’univers intérieur vécu par un paralysé à  vie. Car la réalité cinématographique d’un cinéaste est avant toute chose de rendre belle une histoire qu’il n’a pas vécu ; ainsi le récit fragmenté et peuplé d’allusions oniriques brillantes laissait le goût drôle et amer d’une vérité qui n’aurait pu être que pathétique. Tout en transformant le plateau de tournage en un laboratoire d’expérimentations surprenantes, revitalisant avec brio la pensée parfois trop pudique qu’un metteur en scène peut avoir face à  la délicate matière qu’il tient entre ses mains.

« Miral » portraits de femmes dans le temps, n’a néanmoins aucune des immenses qualités qu’avaient le précédent film de Schnabel. Dans »Le scaphandre et le papillon » le temps qui s’écoule, fatal puisqu’on en connaît l’aboutissement, devenait le sujet à  éviter de manière à  ce que chaque invention formelle directement sortie de l’imagination ou des souvenirs du personnage se matérialisent dans le cadre, créant alors une confusion temporelle et par-là  même la direction du film, son rythme. Ici par contre, le temps est une barrière qui brusque les portraits de multiples personnages ; la complexité historique se métamorphose en un amas de fragments dont la nécessité était cette fois plus que discutable. Pire encore, c’est de voir comment les principes filmiques de Schnabel deviennent des tics qu’il ne peut plus maîtriser ; sa prolongation d’effets visuels et sonores ne donnent plus qu’une vulgaire technique tape-à -l’oeil qui masque les béances scénaristiques. D’autant plus que les partis pris visuels sont le plus souvent déconcertants ; à  partir d’une simple scène de dialogue anecdotique dans un jardin, les zooms arrière abondent comme dans le cinéma d’espionnage où une taupe surprend une discussion géopolitique majeure. Sauf qu’il n’en est aucunement question… De même, les quelques idées provocatrices deviennent superflues tant elles ne servent à  rien d’autre qu’à  faire joli (une caméra masturbatoire, dans tous les sens du terme, n’est pas une franche idée). On trouvera bien quelques beaux plans-séquences de dos qui parsèment le film et lui donnent un mouvement ample qu’il ne parvient jamais à  retraduire dans sa largeur historique et humaine, mais combien de majestueux mouvements de caméra pour une telle somme d’ennui et de prétention?

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Jean-Baptiste Doulcet

Miral
Film palestinien de Julian Schnabel
Genre : Drame historique
Durée : 1h52
Avec : Freida Pinto, Hiam Abbass, Yasmine Elmasri…
Date de sortie cinéma : 15 Septembre 2010

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