The housemaid

The_housemaid.jpgRéadaptation du mémorable film de Kim Ki-Young (« La Servante » 1960), cet étrange huis-clos offre une grande réflexion sur l’importance de l’esthétisme au sein d’un récit à  caractère ambigu et érotique.

L’essentiel du film repose sur cette villa euphorique où se succèdent derrière des couloirs d’un blanc laiteux d’improbables jacuzzis, des salons à  n’en plus finir, des espaces tous dérangeants dans la manière dont ils sont agencés et aménagés. Chaque pièce respire froidement la bourgeoisie aveugle et inatteignable dans laquelle va se débattre une servante naîve qui aura vu ses charmes se morfondre dans le couple initialement formé par un riche père de famille et sa femme enceinte.

L’intelligence de Im Sang-Soo est de ne pas caricaturer cet univers au point de déshumaniser chacun ; la petite fille est la preuve d’une innocence encore préservée qui, si elle accepte durement la présence d’une femme de différente classe sociale lors du début, se libère et lui découvre une amitié qu’elle ne soupçonnait pas. L’attaque virulente se voudrait plutôt au niveau de l’homme, de sa femme et de sa belle-mère. Mais le propos atteint difficilement sa cible métaphorique ; cet espace onéreux où évoluent des riches profiteurs face à  une gentille fille du peuple manque de mordant et d’allusions directes car, hormis la grandiloquence du final, rien ne nous met réellement en parallèle des réalités sociales du pays, trop peu d’éléments surréalistes nous indiquent concrêtement que le triangle amoureux mis en place est le symbole d’une opposition critique envers une odieuse réalité sociale. La scène d’ouverture tient à  la rigueur d’avertissement maladroit (le mépris, l’indécision, l’égoîsme et la fascination morbide autour d’un suicide que tout le monde ignore dans une rue peuplée).

« The housemaid » sur ce grotesque scénario dont les métamorphoses de tons laissent souvent perplexe, a toutefois l’art d’être à  la recherche d’une beauté purement visuelle qui est un régal de maîtrise. Les cadres ultra-picturaux et la sensualité évocatrice des mouvements de caméra, la direction d’acteurs au cordeau et l’utilisation astucieuse des lumières veloutées (bleu profond, vert et blanc lumineux créent une gamme onctueuse), font de l’espace de la villa une grande pièce de jeu dans laquelle il est ravissant de se perdre. L’érotisme de certaines scènes est la bienvenue, offrant aux film quelques plans fabuleux, mais c’est aussi l’humour cynique en contrepoint qui fait l’interêt des points de vue (notamment celui de la seconde servante dont le refus d’être écrit comme un personnage dans les normes permet des transgressions de style surprenantes). Toute cette étrangeté de caractères différents baignée dans l’utilisation spacieuse de la villa et la musique qui la porte délivrent quelques belles tensions. Mais malgré le pouvoir de fascination que l’oeuvre exerce, on ne peut s’empêcher de penser que la portée sociologique est considérablement gâchée par des accès grand-guignolesques d’un goût discutable, alors même que la réalisation est d’un raffinement exemplaire…

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Jean-Baptiste Doulcet

The housemaid
Film sud-coréen de Im Sang-Soo
Genre : Drame – Thriller
Durée : 1h47min
Avec : Jeon Do-Yeon, Lee Jung-Jae, Seo Woo…
Date de sortie cinéma : 15 Septembre 2010

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